Connemara, de Nicolas Mathieu

Mais qu’est-ce qu’il est bien ce Connemara. Je ressors de cette lecture avec une admiration sans borne pour l’auteur. Je me sens toute nulle, riquiqui. Bon n’est pas Goncourt qui veut me direz-vous, mais quand l’histoire se passe à Nancy et ses environs j’ai tendance à transposer un brin. Hélène me manque déjà, à la page 58 je me suis fondue en elle, coincée entre l’ambition et le sentiment de vacuité, car au fond on part d’un point A, on fait le tour de l’alphabet et l’on revient au point A. Et ce n’est pas si grave.
« Ainsi, Hélène avait voulu conquérir des distances, à coups d’école, de diplômes et d’habitudes relevées. Elle avait quitté cette ville pour devenir cette femme de fantasme, efficace et conséquente. Et là, comme une conne, dans un resto franchisé coincé entre un cimetière et un parking, elle venait d’avoir un coup de chaud en apercevant Christophe Marchal. Vingt années d’efforts n’avaient servi à rien. »
Christophe lui, a très bien compris que c’était pareil ailleurs, ça ne l’empêche pas d’avoir ses regrets, un fils en garde alternée, une passion déchue pour le hockey sur glace. Les personnages sont au mitan de leur vie, ils font le bilan des échecs et des bonheurs auxquels ils n’ont plus accès. Ils se demandent si on peut aimer autant à 40 qu’à 20, si le sexe est un excuse, si leur job est devenu ridicule, si leurs enfants leur appartiennent encore.
On écrit pour figer le temps, dit l’auteur, et lire ces personnages entre deux âges nous plonge dans le même sentiment de nostalgie, de gâchis et d’espoir. Tout ça avec un style moderne, c’est long et tant mieux, les détails ne sont jamais des longueurs, l’auteur peut écrire trois pages sur une nappe et on se régale d’être à table, on se délecte de chaque phrase et la fin du roman est encore plus belle que le début. Si j’avais été l’éditeur j’aurais présenté ce roman en septembre sous le nom de M. Mathieu Nicolas, qui sait, un Goncourt peut en cacher un autre, car « Hélène ne s’y trompe pas, l’avenir est grand ouvert, droit devant. Sa poitrine est toute gonflée d’une aube qui n’en finit pas. »

Recommandation absolue 👌🏻