De sel et de fumée, Agathe Saint Maur

Au commencement, je vous avais posté le plus bel incipit de cette rentrée, il parlait de hanches, de voix rauque, de combats et d’amour. Depuis, j’ai lu le roman avec beaucoup d’attention. À la question que vous vous posez, à savoir si tout le texte est sur cette même tonalité, entre envolées littéraires et violence, je vous le confirme.
Non, vous ne lirez pas une auto-fiction amoureuse rédigée par une auteure de 26 ans. Vous ne partirez pas d’un début pour arriver à une fin, vous ne saurez pas qui est Mélanie, ni Marion, ni même Victoire. Vous ne lirez pas d’emblée les prémices de cette histoire d’amour.
Le génie de l’auteure, c’est de se mettre dans la peau de Samuel et de déambuler. Ce narrateur n’est pas un héros, c’est un Parisien de 20 ans, fou amoureux de Lucas, un de ses camarades de Sciences Po. Pour lui, il quitte Victoire La Magnifique, met en péril son groupe d’amis.
Samuel propose des fulgurances de son histoire : des bains, des soirées et des matins avec Lucas, lequel n’était jamais sorti avec un garçon, mais avec Samuel, c’est différent, « il n’est pas gay mais il a tout le temps envie d’être avec lui » : peut-on oser une meilleure définition de l’amour ?
Entier, engagé, bandana sur le nez, Lucas devient même prêt à se positionner en première ligne lors de la Manif pour tous… Sel, fumée…
Vous entrez dans un labyrinthe de souvenirs et vous vous laissez happer, tenus en haleine par la seule force de l’écriture, vibrante, érotique, sans craindre de ne pas trouver la sortie car pendant quelques heures vous êtes redevenus un peu étudiant.
Le roman pose la question de l’identité sexuelle de toute une génération. Peut-on aimer une fille, puis un garçon, qu’importe sa classe sociale ou politique, en commençant par la mort, en parlant de la vie, en changeant d’avis, et militer pour ? Ce livre ambitieux propose une langue nouvelle dans un texte dense, non formaté. C’est de la vraie littérature, de la pure Blanche de chez Gallimard, un premier roman, un premier cru…