La nuit après nous

Quand Mona tombe amoureuse de Vincent, elle devine déjà que cette passion n’est qu’un prétexte aux réminiscences de l’enfance et à raconter enfin son histoire.

« J’écris parce que j’ai cessé de croire que je pouvais laisser cette histoire hors de moi, grandir n’a pas suffi. Chaque matin persévère mais le passé partout bondit. J’avançais dans la vie avec les yeux de ma mère, un œil qui regarde et l’autre qui oublie. Je croyais qu’il était inutile de s’attarder, je n’avais rien compris. Je me demande si j’ai habité cette vie ou si j’ai juste attendu quelqu’un devant un robinet d’eau froide. »

Dès sa naissance, son père lui apprenait à voler au supermarché. Quand d’autres enfants vaquaient à leurs cours de piano ou de tennis, Mona volait comme elle respirait. Bien habillés, polis, la caissière n’aurait pu se douter que chaque semaine, père et fille pillaient les rayons. Elle veut qu’il soit fier, son père, et surtout qu’il rentre heureux le soir à la maison. Qu’il ne lève pas la main sur elle, ni sur sa mère. Alors elle s’applique à la tâche.
Pour comprendre d’où vient la colère du père, Mona remonte dans les années 60. Les parents de sa mère fuient la Tunisie, débarquent en France dans la plus grande misère. Déscolarisée, perdue, sa mère se marie au premier venu. Myope, elle ne travaillera jamais et subira son existence, son mari aigri, voleur et malheureux. Et Mona lâchera la main de la petite fille détruite.

C’est un texte qui doit sa beauté à sa maturité, à la force des mots si longtemps retenus. Il est servi par une écriture imagée, des scènes sensibles et une narration très fluide, pour que vous en ressortiez totalement bouleversé. J’ai lu la moitié en larmes, avec en tête une seule question : que peut-on faire contre la colère originelle des hommes ?

Je vous le recommande, ce livre est magnifique.

« Quelque chose se refermait sur nous, le beau qu’on a rêvé, le bleu qu’on n’a pas peint, minuit jamais atteint. »