Les gratitudes, Delphine de Vigan

C’est la question du moment : As-tu aimé le dernier roman de Delphine de Vigan ?
Oui!!🙋🏻‍♀️
Non!!🙅🏻‍♀️

Qui veut débattre ?👩🏻‍⚖️👨🏻‍⚖️

Mon avis ?
Oui, j’ai aimé ce roman.
À partir du moment où l’on entre dans un livre pour en ressortir directement en tendres sanglots, ce serait être de mauvaise foi de dire que la magie n’a pas opéré. C’est un peu le père Noël de l’émotion : mais d’où viennent ces gouttes d’eau sous mes yeux ? Par quelle cheminée sont-elles arrivées je ne comprends pas !? C’est archi subtil, je n’ai rien vu venir et je me suis laissée emporter. Voilà.

Question aux sceptiques : qui d’autre que Delphine de Vigan peut réussir à vous captiver sur l’histoire d’une vieille mamie placée dans un EHPAD? (je mets au défi qui que ce soit d’y parvenir, vous avez 6 mois…) Moi-même la vieillesse n’était pas un sujet qui m’attirait, et pourtant j’ai pris un grand plaisir de lecture.

👩🏼‍✈️objection principale : « les personnels soignants ne sont pas aussi bienveillants et disponibles que l’orthophoniste du roman ». Certes. Mais c’est un roman, ce n’est pas un documentaire scandalisé sur la maltraitance des personnes âgées. Même s’il faut lutter contre, ce n’est pas le sujet, ici on parle vocation, transmission, grandeur d’âme. On parle de la vie qui s’éteint et qui se donne. C’est simple et c’est beau.

Je me suis laissée bercer par la musique, l’humour délicat, les lapsus très drôles de cette Michka. C’était un dosage parfait entre les personnages et leurs dialogues, sans forcer le trait, l’écriture sobre, sans fioriture, qui s’oublie pour mieux nous parler. Le format court répond parfaitement au sujet et à la lignée débutée par l’auteure: les loyautés, les gratitudes, quel sera le 3ème volet ?

Les loyautés

Un jour il aimerait perdre conscience, totalement. S’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive.

Vous noyer dans l’alcool vous est sûrement déjà arrivé dans votre vie. Mais lorsque l’on a douze ans et demi et que l’on rêve d’un coma éthylique à l’instar de Théo caché sous l’escalier de son collège pour boire, c’est qu’il y a un problème. Familial. Une situation bloquée, enlisée, face à laquelle Théo refuse de faire face « parce qu’il sait que tout cela est trop lourd pour lui, qu’il n’est pas assez fort ».

A part ses parents divorcés dont dépression et désinsertion sociale semblent dépasser l’intérêt de leur progéniture, il y a Hélène, sa prof d’SVT. Hélène porte en elle les stigmates d’une enfance détruite. Hélène aussi s’est tue, et sa vie en a été gâchée. De Théo Hélène n’a rien vu, et pourtant elle sait, elle tire la sonnette d’alarme auprès de l’équipe pédagogique, convoque sa mère. Théo se tait. Théo ne veut pas, ne peut pas raconter ce qu’il se passe chez son père, Théo aime ses deux parents, c’est comme ça.

Et puis il y a Mathis, l’ami de Théo. Ses parents ne sont pas divorcés, mais la famille semble extraite d’elle-même. Sa mère, Cécile, vient d’un autre milieu, elle est aujourd’hui femme au foyer et ne se reconnaît plus dans l’extinction qu’elle a faite de sa propre personnalité, complice d’un mari avec qui elle ne partage plus rien. Prétextant un cours de yoga, elle consulte un psy, pour tenter de comprendre à quel moment sa vie a pris une tournure qu’elle n’a pas souhaitée, tenter de comprendre son mari, être abject à ses yeux depuis la découverte.

« Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’autre est une énigme. »

Théo, Mathis, Hélène et Cécile sont quatre personnages extrêmement seuls, déçus par les êtres et par leur vie. Ils tous les quatre liés par leurs secrets qu’ils taisent et les non-dits abondent. Peuvent-ils encore sauver la situation, ou sont-ils pris en otage des « principes illisibles qui les enferment », c’est-à-dire de leurs loyautés ?

Mon avis

Ce Page-turner se dévore en une heure et demie top chrono, impossible de faire autrement. Je l’ai refermé émue et perturbée. Vers le tiers du roman, j’ai eu une sensation d’excès dans l’histoire que je peinais à trouver totalement réaliste ou crédible, et puis peu importe, le rôle du roman n’est pas d’exiger la vérité ni de savoir si ce genre de situation extrême est arrivée, il démontre le mal qui ronge, la souffrance invisible, que les actes destructeurs aient lieu ou non.
Il est extrêmement important en 2018 de souligner les conséquences du manque de communication au sein d’un couple divorcé qui s’échange leur enfant unique au bas d’un immeuble sans prendre la peine d’effectuer une transmission de la semaine passée. Ce roman dérange un peu car il éveille notre culpabilité d’enfant, de parent, d’enseignant. Jusqu’où peut-on fermer les yeux lorsque l’on souffre? Quel est le poids du silence ? Quelle est l’étendue de notre responsabilité ?

« Mais au fond je le sais. Je sais que les enfants protègent leurs parents et quel pacte de silence les conduit parfois jusqu’à la mort. Parfois je me dis que devenir adulte ne sert à rien d’autre qu’à ça : réparer les pertes et les dommages du commencement. Et tenir les promesses de l’enfant que nous avons été. »

Le signe astrologique du roman

Poissons ! Un signe d’eau et un roman neptunien. Les poissons se caractérisent par une compassion et une malléabilité extrême. Le poisson a une polarité négative, (ou féminine) qui se caractérise par un caractère plutôt introverti, soumis et accommodant, à l’instar de Théo, ou encore de Cécile.

Par ailleurs, Neptune rejoint ce roman par sa démesure, ses personnages désorientés, leur culpabilité, leur sacrifice. Souvent les poissons sont perçus comme martyrs.

Note personnelle : Une astrologue m’a confiée un jour qu’après avoir étudié les thèmes de nombre d’écrivains reconnus, elle avait identifié une dominante poissons dans chacun. Le talent de Delphine de Vigan, par ailleurs Poissons comme ce roman, n’est plus à démontrer.