Mamma Maria de Serena Giuliano

Si vous aussi vous êtes amoureux de l’Italie, (avec ou sans Covid-19), de la côte amalfitaine (plus bel endroit du monde), et de Serena Giuliano (qui ne l’est pas ?) alors Mamma Maria est fait pour vous !

Non contente de la rencontrer aujourd’hui, j’ai eu la joie, que dis-je l’honneur ! de la faire poser avec un citron. Devant cette requête-caprice (« sfizio » en italien), elle n’a même pas cillé, normal tout le monde pose avec des citrons c’est quoi le problème. Merci Serena, je suis comblée.

Que raconte son deuxième roman plein de panache, de soleil et d’humanité que je viens de terminer ? On est près de Salerne, dans une ambiance rythmée par les cafés de Maria, la patronne du bar du village. On assiste à un mouvement double, un retour et un exil vécus par deux jeunes femmes. Sofia est italienne et Souma lybienne. La première sort d’une rupture avec un Français quand la deuxième a dû fuir son pays… Dans une Italie du Sud marquée par le racisme, Sofia va aider la jeune femme enceinte et son fils de deux ans à rejoindre Paris. Accompagnées par toute une horde d’Italiens plus bruyants et attachants les uns que les autres, on suit leur course effrénée entre deux cafés, trois coups de klaxon et des descriptions de la côte amalfitaine à couper le souffle. C’est un roman d’une grande vitalité dont les réflexions sur le déracinement et la solidarité m’ont beaucoup émue.
Merci @cherchemidiediteur pour cette belle rencontre !

Adoration

« On n’adore que Dieu » vous reprennent quelquefois les pratiquants quand vous utilisez le verbe « adorer » de manière inappropriée.

Et pour cause. Ici, le narrateur de ce roman est sous une telle emprise de sa femme que cette vénération nuit gravement à leur amour. Bien sûr, cette femme le vampirise, lui et toutes les personnes qu’elle approche. Mais comment en est-il arrivé, là, lui, dans un tel état d’adoration, de dépendance ? Quelle faille cette femme comble-t-elle en lui ?

Ce roman fait le rapprochement entre l’emprise amoureuse et le terrorisme. Il compare l’engrenage à un camion fou. Le camion fou de la passion, de la chair et de la dépendance affective. 

La femme qui le fait tomber a plus d’une névrose à son arc. Droguée aux médicaments, au sexe, aux objets de luxe, il se persuade qu’il pourrait l’aider et devenir son sauveur. Qui était-il enfant, adolescent, jeune homme ? De quel amour a-t-il été privé ? De quoi se constituent les passions névrosées ?

Un petit garçon naîtra de leur sombre idylle, pauvre enfant qui ne voit que sa mère malade et narcosée sous l’effet des drogues. Un jour, elle porte plainte contre son mari, l’accuse de violence alors que c’est elle qui l’a roué de coups. Contraint de partir, de son refuge il fait le point sur l’ensemble de la destruction.

C’est un texte vibrant, noir et poétique à la fois, illustré par des références et un vocabulaire très riches. Jimmy Lévy livre un récit fragmenté à l’image de cette femme, un miroir cassé en autant de chapitres qu’il en faut pour reconstituer le puzzle de leur amour déchiré.

Extrait choisi

« Je le sais maintenant. L’adoration est un fanatisme et je suis son prophète. Je le serai d’autant plus aveuglément que je l’ignore. J’assiste impuissant à l’expansion. (…) Je ne comprends pas encore que je suis l’arme de son suicide, le djihadiste décervelé à son corps enté, bardé de ses croyances en un ultime salut, qu’elle va désintégrer comme elle se désintègre. »

Le signe astrologique du roman

Scorpion, absolument. On est dans (l’auto-)destruction permanente, le noir et le glauque, la drogue et autres addictions. Le scorpion, signe dit «  le plus sexuel du zodiaque », peut devenir, s’il se sent malheureux ou perdu, cet être noir et nocif, manipulateur, à l’image de cette femme, L. habillée et fardée de noir, ne se levant qu’à 15h dans sa nuisette en satin. Dans son ultime besoin de dépossession, il entraîne avec lui tous ceux qui se trouvent dans son sillage, en leur aspirant toute l’énergie possible. Attachant toutefois et débordant de magnétisme, il maintient habilement sa proie noyée dans son poison.