Planète Porn

Pour scénariser cette photo j’ai d’abord sorti toute ma collection de sex-toys et puis je me suis dit que j’allais me faire signaler.
Non je blague… Je voulais juste capter votre attention sur un sujet qui me tient très à cœur depuis des années, depuis que j’ai découvert l’existence de Youporn, année 2007 je crois, comme l’auteure de ce remarquable essai.
Des livres sur le monde du porno il n’en manque pas, mais l’angle choisi ici rejoint mon questionnement depuis toujours :

A quoi mène cette banalisation du porno ?

Il est encore honteux et tabou (surtout pour les femmes) d’avouer aller sur les sites X, mais jusqu’à quand? Faut-il vraiment le banaliser ? Militer contre le porno vous fera passer pour une frigide /obsédée refoulée/ mal baisée tellement le sujet est complexe et l’industrie du X intouchable.

J’ai longtemps été incapable de verbaliser concrètement ce qui me gênait, non pas l’existence du porno en lui même, ni même ses catégories, je suis tout à fait ravie qu’il existe, c’est un terrain infini de fantasmes et de projections inconscientes pour les adultes demandeurs et avertis.

Mes deux craintes principales étant liées :

  • Au désir et à la libido : à quel degré le porno tue-t-il l’excitation, jusqu’à devenir addictif ?  Certains ne pourraient plus jouir autrement que devant leur écran, le réflexe libidinal s’étant adapté. On traite toutes les addictions, la drogue, la clope, l’alcool, mais le porno à haute dose, comment se traite-t-il? Seulement vingt personnes par an consultent pour s’en faire soigner, les autres vivent avec et certains en deviennent fous, s’isolent et se désinsèrent socialement, comme toute addiction.  Le porno est-il nocif ? « Trop de porno tue le désir » devrait-on mentionner en gros sur les vidéos, avec l’image d’un mec au sexe mou et à une nana en pleurs, comme sur les paquets de clope. Car comment fait-on pour vivre sans désir ? C’est le désir qui gouverne tout, nos ambitions, nos projets, le désir est le moteur principal de la vie.  Le monde entier ferme les yeux. Pendant ce temps-là nous laissons nos enfants taper « sexe » sur Google et surfer en toute impunité entre les catégories deep throat, dp, doggie style et j’en passe. Arrive donc ma deuxième grande préoccupation :

 

  • L’éducation sexuelle de mes enfants. Comment expliquer à mes filles que le porno n’est pas la réalité, comment faire comprendre à un garçon, que ce n’est pas forcément ça, un coït réussi, une taille de sexe normale. En fait, dans la vie tout est matière à transposer, je suis bien triste que mes filles découvrent le sexe autrement que comme je l’ai découvert. Sur ce sujet il ne peut y avoir aucune transmission. Leurs premiers émois seront différents des miens. Il y a eu une véritable rupture entre nos deux générations. Je me sens donc incapable de conseiller mes filles et guider leur sexualité. Ma génération est née sans internet et sans porno, elle a dû apprendre à composer, à s’adapter. J’essaie de comprendre comment la nouvelle appréhende le sexe, comment des images parfois d’une violence inouïe peuvent guider leur désir sans l’inhiber.
    Il est trop tard pour légiférer, pour limiter l’accès, si facile, si rapide, car financièrement le porno régente Google et les plus grandes entreprises. Passé cette considération déprimante, l’espoir revient, avec l’idée que le désir triomphe toujours, mais autrement.

Si tout doit passer par la pornographie, espérons qu’elle stimule correctement les consciences. Que les images soient belles et réalistes, que la vision de l’orgasme ne soit plus essentiellement machiste. Prions pour que la pornographie stimule les couples en panne, redonne du peps dans la tendresse, quitte à regarder des films pornos à deux —le tout étant de savoir s’entendre sur les catégories.
Visiblement, et c’est assez rassurant, la tendance est au naturel d’après l’enquête de Marie Maurisse. La catégorie la plus prisée est la catégorie amateur, les gens prisent énormément cette proximité avec des gens « comme tout le monde », croiser dans la rue une fille au physique « normal » qui a soudain très envie de coucher avec vous, les internautes en raffolent.

Marie Meurisse, journaliste pour Le Monde, a enquêté pendant plusieurs années sur l’histoire et la conséquence de l’accès au porno. Elle a voyagé et interviewé des acteurs, des professeurs, des amateurs de porno. Elle a recueilli des données inédites, des statistiques, et nous les livre dans ce remarquable essai. « Youporn c’est le centre du monde » lui scande un acteur porno devenu réalisateur.

En France une fille majeure gagne minimum 150 euros pour une scène amateur d’une demie heure, deux fois plus en Hongrie, et 1000 dollars en Californie pour une scène en studio. La plupart des acteurs prennent du viagra ou se piquent dans l’aine avec des substances dangereuses. En fait, l’envers du décor et les tournages en eux mêmes ne sont ni beaux ni excitants, d’après la journaliste qui a assisté à l’un d’entre eux. Les actrices sont tristes, et les acteurs consternants.

Puis Marie Maurisse s’intéresse à Mindgeek, cet empire intouchable et impénétrable. Elle enquête sur son fondateur Fabian Thylmann et l’arrivée au sommet de ce géant, sa façon de diriger le monde du X, les fortunes qu’il génère, la pauvreté qu’il engendre. Elle dit quelque chose de très juste, Mindgeek est en tout point comparable à Amazon par ex, un géant qui mange tout, arrive chez vous à la vitesse de l’éclair et appauvrit les petits producteurs.
Elle confirme aussi que d’après les médias, tout le monde s’accorde pour dire que l’addiction au porno est devenu le mal du siècle. La porno dépendance est omniprésente. Dans le dernier chapitre, vous découvrirez la position d’Emmanuel Macron sur le sujet…
Je ne vais pas tout vous spolier, le livre de Marie Maurisse regorge de faits, chiffres, et interviews passionnantes sur ce sujet pas assez défriché.
Lisez le vite !

Juliette à Saint-Tropez

Si un jour j’ai un petit-fils, j’aimerais qu’il soit Valentin Spitz ! Quel hommage sublime à celle qui fut autant admirée que critiquée ! En la racontant, l’auteur délivre sa famille.

Lisez Juliette à Saint-Tropez, maintenant ou cet été, c’est  un grand coup de coeur.

Juliette s’appelle Nicole. Elle a changé de mari, de ville et de couleur de cheveux. Juliette a créé des entreprises, eu cinq enfants, deux époux, conduisait une Ferrari, se levait avant l’aube pour promener ses chiens puis dirigeait le monde.

Juliette était une femme superbe, Juliette vivait comme un homme car elle n’avait pas le choix.

C’est son petit-fils Lucas, sorte double de l’auteur, qui la raconte dans un récit mêlant les années 50 aux années 2000. D’une plume moderne et sincère, il entreprend de résoudre l’énigme familiale, l’absence d’hommes et de communication dans la famille. 

« Je ne sais pas si cette femme-là a été heureuse. Moi, cette femme-là, je ne l’ai pas connue. Je n’ai connu qu’elle. »

A travers une série de rencontres, il enregistre et questionne sa grand-mère. Mais mamie, mon grand-père Georges, qu’est-il devenu ? Oh, aucun intérêt celui-ci, balaie-t-elle. Le narrateur commence alors une enquête parallèle, retrouver l’homme disparu, la figure masculine, pour peut-être conjurer le sort. Se mêle à cette enquête des récits sur sa propre vie d’écrivain ainsi que des témoignages de sa mère et de ses tantes. Pour comprendre, mais déjà pour savoir.

En fait, c’est toute la relation de Nicole avec les hommes qui était catastrophique, entre son propre père décédé d’une attaque lorsqu’elle était petite, ses deux maris violents ou pervers, les petits amis de sa fille qu’elle prend pour amants… sans parler de son petit dernier, le divin enfant, l’enfant-roi, adoré et couvé.

En refermant le livre, on ne sait plus quoi penser : soit les hommes sont tous les mêmes, soit Nicole les a choisis pour leurs névroses, soit elles les a rendus fous !

Ce récit livre une réflexion très intéressante sur l’écriture : quelles sont les difficultés d’écrire sur soi, sur la famille ? Qu’est-ce qu’être un écrivain aujourd’hui ? Quel avenir pour la littérature française ? Pour en parler, le narrateur dresse le portrait d’une éditrice féroce mais aimante, gourou et maternelle à la fois, une sorte de double caricatural de Nicole dans sa façon de gouverner et ses chiwawas étant à chaque fois plus nombreux, comme les enfants que Nicole a eus, sorte de contre-transfert du psychanalyste-écrivain vers son éditrice… Sans doute une façon de la remercier !!

Cependant le narrateur tient avant tout la place du poète. 

Tout se passe comme si le petit-fils spectateur relatait docilement les faits racontés par sa grand-mère jusqu’à ce que celle-ci disparaisse : alors l’écrivain arrache la plume du petit-fils et part en vrille, libéré, mêlant fiction futuriste à l’autofiction initiale, semant le trouble chez le lecteur. Dans la dernière partie du roman, j’ai retrouvé l’ambiance névrotique de son premier roman « Et toujours ce sera l’été » absente jusqu’à alors.

De fait, l’écrivain ne veut pas lâcher sa grand-mère disparue, il ne peut mettre le point final à son récit : ce serait abandonner sa famille et son enquête. Il ne veut pas renoncer et il a sans doute raison, car Juliette est éternelle.

Sublime portrait d’une époque exaltante mais compliquée pour les femmes. N’était pas Bardot qui voulait, et pour revendiquer son féminisme et obtenir un compte courant à la banque, il fallait non seulement être belle mais rusée.

Le signe astrologique du roman

Bélier ! 

Nicole/Juliette incarne merveilleusement bien le premier signe de feu du Zodiaque. Fougueuse, conquérante et « virile » (signe dirigé par Mars), cette femme aime répéter qu’elle n’est jamais fatiguée. J’ai relevé cette façon qu’elle a d’aimer les matins, l’aube, lorsqu’elle dit à son petit-fils « Mais enfin, comment peut-on être déprimé le matin, il y a tout à faire le matin, tout à conquérir! ». Dans le zodiaque, l’aube est ainsi représentée par le bélier puisqu’il est le premier signe.

D’autre part, la curiosité et la facilité de diriger sont les qualités inhérentes au bélier, vouloir aller toujours plus loin, s’épanouir dans des repas d’affaires, Nicole s’est vite rendue compte « être faite pour cela ».

Dans son rapport aux hommes, la femme bélier a de grandes difficultés, puisqu’elle doit trouver quelqu’un de plus « fort » et plus « masculin » qu’elle, au risque que leurs rapports deviennent conflictuels et compétitifs… Elle doit donc inverser la tendance, et trouver des hommes complémentaires, doux, féminins… et possédant alors une tendance à l’alcoolisme et à la luxure… (je serais curieuse de connaitre les signes astros de Georges et de Jacques! ) 

L’auteur

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Valentin Spitz est écrivain et psychanalyste. Il est l’auteur de « Et pour toujours ce sera l’été » et deux biographies politiques.

Citations du roman

Elle n’en peut plus. C’est si lourd. Si violent. La liberté.

Les hommes fuient, c’est là leur nature profonde. Et il n’y a rien de pire que ce que l’on ne pourra jamais savoir.

Libérée des hommes, elle a parfois le sentiment étrange d’être devenue sa propre prisonnière.

La première chose à faire quand on est écrivain, c’est de comprendre ce que sont l’amour et la mort.

L’Archipel du chien

L’archipel du chien est ici, chez nous, chez vous, partout. Ce lieu imaginaire pourrait être une île de Méditerranée, ou bien l’Europe toute entière. En son coeur un volcan, dont les secousses rythment le roman, tel un avertissement. Ses habitants sont des amas de solitudes ou des institutions indétrônables : une vieille, quelques pêcheurs, un docteur, un curé, un instituteur, quelques enfants, un commissaire. Lever du rideau.

Un matin, au début du roman, trois hommes sont retrouvés morts sur le rivage. Plutôt que de mener l’enquête, le maire de l’archipel décide de les cacher, hors de question que son île ait mauvaise réputation, il souhaite y construire un centre thermal. Il défend aux quelques témoins d’en parler, même le curé est dans la confidence. Seul l’instituteur se révolte et entreprend des voyages, pour tenter de comprendre d’où venaient ces trois corps. Quelques jours plus tard, un commissaire alcoolique viendra enquêter et sonner le glas. Chacun des personnages semble avoir une bonne raison d’agir comme il le fait, pourtant chaque comportement est empreint d’une lourde lâcheté.

Jusqu’où un homme peut-il fermer les yeux ? 

Ce nouveau roman de Philippe Claudel reprend le fil rouge de son oeuvre : La migration d’individus, leur reconstruction et leur perte, et puis le déracinement.

Si le dernier recueil de l’an passé, Inhumaines, faisait grincer des dents par son humour archi caustique, L’archipel du chien dénonce mais ne fait plus rire. On est passé au cran supérieur. Non, on ne peut plus rire des hommes que l’on retrouve échoués sur une plage. Non, on ne peut plus rire de la police et de la politique corrompues, on ne peut plus rire des hommes indifférents qui se nourrissent des faits divers ni de ceux qui seront punis pour avoir dénoncé les coupables.

Le message du roman

« La vie n’est qu’une addition terrestre de moments heureux et amers qui, au final, quoiqu’on fasse, compose un bilan nul. »

Très noir et très pessimiste, le message final du roman. Tout le monde ment, aux autres et à soi-même, les hommes disparaissent, les hommes s’ennuient, les hommes sont comme une meute assoiffée de haine et de ressentiment.

« Ovide a écrit que le temps détruit le choses, mais il s’est trompé. Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes.Le temps les regarde faire et défaire. Il coule indifférent, comme la lave a coulé du cratère du Brau un soir de mars, pour napper de noir l’île et en chasser les derniers vivants. »

Le signe astrologique du roman

Bélier ! Un signe de feu pour cette ambiance volcanique, où la terre gronde et les hommes tuent ! Bélier, signe dirigé par Mars, planète des hommes et de la guerre ! Mars est symbole de chaos, d’énergie et d’impulsivité, comme en témoigne l’extrait ci-dessous, dicté par le commissaire de police alcoolique :

« Donnez du feu, du fer et un marteau à un homme, il va en deux temps trois mouvements forger une chaine pour attacher un autre homme qui lui ressemble comme un frère et le tenir en laisse, ou une pointe de lance pour le tuer, plutôt que fabriquer une roue ou un instrument de musique. La roue et la trompette, ça arrive bien plus tard, beaucoup plus tard après la chaîne et la pointe de lance, entre-temps on s’est déjà beaucoup massacré. »

Extraits du romans

« Mais qui s’intéresse à la vérité, monsieur l’Instituteur? Tout le monde s’en fiche, de la vérité ! (…) Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien qui est occupé à le ronger avec délice ? »

« Qu’est-ce que la honte, et combien la ressentirent? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l’humanité ?Ou ne fait-elle que souligner qu’ils s’en sont irréversiblement éloignés ? »

Gabriële

Il est des hommes qui tombent à genoux devant la jeunesse, d’autres devant la beauté, certains devant la gentillesse et la bonté, Francis Picabia, en ce mois de septembre 1908, succombe devant un esprit.

Gabriële Buffet. L’arrière-grand-mère d’Anne et Claire Berest a eu quatre enfants et mille vies. Et encore ce roman n’en narre qu’une partie, celle située entre sa rencontre et sa séparation d’avec le peintre Francis Picabia.
Gabriële a 27ans lorsqu’elle rencontre Picabia et ne veut surtout pas se marier. Elle veut rester libre, poursuivre ses études de musique et devenir compositrice. Côtoyer De Bussy, Vincent D’indy, Edgar Varese. Mais Picabia la veut, et Picabia l’obtient. D’elle il obtient même tout. Elle abandonne la musique, lui donne son esprit, son amour et quatre enfants. On la surnomme Gaby, la femme «au cerveau érotique ». Celle capable de dire à Picabia que « tout ce fatras d’impressionnisme lui donne mal au coeur », que ses tableaux n’inspirent plus rien, elle insuffle à Picabia l’idée déjà présente en musique, créer un nouveau genre de peinture, qui sera le cubisme. Picabia lui confie alors :

« Je veux peindre des formes et des couleurs délivrées de leurs attributions sensorielles. Une peinture située dans l’invention pure qui recrée le monde des formes suivant son propre désir et sa propre imagination. »

Francis_Picabia,_1913,_Udnie_(Young_American_Girl,_The_Dance),_oil_on_canvas,_290_x_300_cm,_Musée_National_d_Art_Moderne,_Centre_Georges_Pompidou,_Paris.Francis Picabia, 1913, Udnie (Young American Girl, The Dance), oil on canvas, 290 x 300 cm, Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris.

Gabriële réalise alors sa mission sur terre, faire « accoucher » son mari, Francis Picabia, de son oeuvre. On est alors impressionné et admiratif devant le courage de cette femme, sa tenacité, affrontant une vie difficile, un mari lunatique, opiomane, volage, colérique, absent. Quatre grossesses, des voyages incessants… mais une vie extra-ordinaire, avec Duchamp et Apollinaire comme meilleurs amis.

Elle n’aura de cesse que de s’élever, ne surtout pas s’abaisser à sa condition de femme, et tant pis pour les enfants que le couple fera garder par d’innombrables nounous, s’ils indisposent Picabia, alors ils indisposent Gabriële, qui est prête à tout par amour pour son mari. Un parcours de femme absolument incroyable pour l’époque !

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Francis Picabia et Gabriële Buffet-Picabia

Mon avis

Le meilleur moyen de s’approprier des connaissances durables en Histoire de l’Art c’est de découvrir par le biais d’un roman la vie intime d’un artiste. Des mouvements et des époques, je citais globalement les oeuvres principales des artistes les plus connus, et aujourd’hui je ressors de ma lecture enchantée d’avoir approfondi mes connaissances en y ayant pris du plaisir. De découvrir la naissance du cubisme, les fréquentations des peintres entre eux, avec les poètes, d’entrevoir le milieu de Montmartre de l’époque, les réunions à Puteaux, de voyager entre Paris, Berlin, New York, Cassis, Etival… Ce roman est un très grand travail de recherche au sens romanesque puissant.
L’histoire de Gabriële Buffet et de Francis Picabia dans leur époque m’a passionnée, l’écriture est fine et pudique, la motivation des soeurs Berest très émouvante, j’ai fini ce roman les larmes aux yeux. Je vous le recommande !

Le signe astrologique du roman

Scorpion.
C’est tout simplement le signe de Gabriële, dont les traits de caractère ont été incroyablement bien perçus par ses arrières petites filles.
Le scorpion symbolise la dépossession. Gabriële y est totalement, dans la plus totale dépossession. Elle ne garde aucun bien matériel, et en vieillissant, laissera même des inconnus s’emparer de ses toiles, bibelots, meubles. Elle se laisse aussi déposséder des êtres, de ses enfants, de son mari qu’elle aime pourtant plus que tout, pour elle la fidélité se trouve ailleurs que dans la possession d’un corps. Elle le dit très bien « Mon mari ne m’appartient pas ». De plus, Gabriële n’est jamais là où on l’attend, elle est dans le renouvellement permanent de ses ressources, une mauvaise nouvelle et elle rebondit encore plus haut. Elle ne cesse de surprendre par son incroyable capacité de mutation, d’audace, Gabriële ressuscite toujours, Picabia l’admire pour cela.
De plus elle est magnétique, envoûtante, profonde. Le scorpion est un signe d’eau, l’élément des artistes par excellence… c’est aussi le signe de Picasso, l’autre Pica, l’adversaire numéro 1 de Picabia…
Picabia par ailleurs représente à merveille le verseau, les traits principaux du signe ont été remarquablement bien décrits dans ses plus grandes frontières: excentrique, hyperactif, borderline, assoiffé de liberté, opiomane, cocaïnomane, grisée par la vitesse de ses nombreux bolides mais aussi par la beauté des femmes…
Le couple verseau/scorpion fonctionne d’ailleurs en général très bien, deux signes dits «fixes », à l’intellect profond, rebelles dans l’âme…

Anne et Claire Berest

Toutes deux écrivains, de Claire j’avais lu Bellevue et d’Anne Berest Recherche femme parfaite, les deux m’avaient enthousiasmée, c’est pourquoi je n’ai pas hésité une seconde à lire ce roman.

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Une question posée à Claire Berest

Bonjour Claire, à aucun moment dans ce récit à quatre mains on ne peut deviner quelle partie a été écrite par l’une ou par l’autre, le roman est d’une grande fluidité et vos deux voix résonnent en un seul écho. Comment vous êtes vous réparties le travail d’écriture ?

Bonjour Agathe, merci pour votre lecture ! Avec Anne nous voulions créer une langue unique qui soit un mélange de nous deux. Pour travailler, nous écrivions chacune des passages, que nous nous échangions et réécrivions , et comme ça en ping pong, jusqu’à ne plus savoir qui a écrit quoi. Une expérience littéraire.

Looping

De sa naissance à son dernier looping, la surprenante existence de Noelie est retracée ici par sa petite fille, la narratrice. Née en Italie d’un père inconnu, le destin l’emmène à Genève, puis en Lybie, Rome, Budapest…

Le récit narre l’intelligence de cette femme qui a su s’adapter à tous les milieux : née dans une ferme au milieu des poules, c’est elle qui des années plus tard est choisie par le Président italien pour aller négocier les puits de pétrole en Lybie. Entre les deux, elle a monté divers commerces, mis au monde deux enfants, aimé son mari, et toujours gardé sa mère près d’elle.
Entre Histoire et Géographie, ce roman est un véritable voyage dans l’air du temps, à travers une femme visionnaire et optimiste, qui n’aura jamais pu s’empêcher de rêver.

Mon avis

C’est dans les bons romans que l’on apprend beaucoup, c’est éminemment le cas dans ce roman qui traite des rapports italo-lybiens autour de la seconde guerre mondiale. De la campagne à la ville, de Mussolini à Kadhafi, de la belle Lybie des années quarante à celle dévastée par les forages pétroliers, il est extrêmement intéressant de découvrir le contexte historique par le biais de personnages attachants et haut en couleur. Je conseille ce roman à tous ceux qui aiment apprendre et voyager à travers les livres.

Le signe astrologique du roman

Verseau, un signe d’air, pour le looping parfait que Noelie réalise à travers son existence. Ce signe est remarquablement bien représenté par cette femme hyperactive et positive qui a l’obsession de piloter l’avion de son mari la nuit, et qui finit par y transporter des poules à travers le désert lybien… Ses idées ne s’essoufflent jamais. Elle est humaine et entière, dévouée aux autres et curieuse de tout.
Noelie est également une incroyable femme d’affaires, elle est ambitieuse, carriériste, pragmatique (son côté saturnien) tout en ayant constamment un grain de folie et de rêve… (son coté uranien).

Bruno eut envie de rire. C’était l’effet que sa femme avait sur lui. Non qu’il se moquât d’elle, ou bien seulement avec tendresse, mais elle le prenait si souvent de court, elle avait une telle énergie, une telle flamboyance, que le rire était alors la seule défense possible.

L’auteur

Née à Nantes en 1971, Alexia Stresi est comédienne et scénariste, elle signe ici son premier roman qui vient d’obtenir le Grand Prix de l’héroïne Madame Figaro 2017 !