Quoi de neuf cette semaine ? Eparse chez Ernest Lire, David Hockney Prix Anaïs Nin 2018, L’invention des corps chez BOLD

Un début de semaine riche en évènements !!

Eparse dans la nouvelle BOX d’Ernest

Nous avons commencé la semaine avec un très beau partenariat, celui d’Ernest, un media littéraire qui aime les blogueurs !

Pour ceux qui ne connaissent pas Ernest :

« Découvrez un véritable guide d’achat pour vos livres ainsi que notre box de livres ! Pour parcourir de nouveaux horizons littéraires, pour sortir des critiques convenues, découvrez le magazine Ernest. Chez Ernest Mag, toutes les littératures sont à l’honneur. »

Proposé par Amandine de  Livresse Littéraire ,nous avons validé le roman Eparse de Lisa Balavoine publié chez Lattès en janvier 2018. Eparse est un roman sociétal qui parle à plusieurs générations, aux femmes comme aux hommes, à lire et à offrir… On le voit partout sur la toile depuis sa sortie, il représente la communauté Bookstagram à merveille ! Vous pouvez retrouver ma chronique ici, et l’interview de Bénédicte ici .

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Si vous voulez vous procurer la Box, cliquez sur ce lien

 

Vie de David Hockney élu Prix Anaïs Nin 2018

FullSizeRender-3.jpgCrédit photo @juliopatti

Lundi 12 février, dans le grandiose Théâtre de l’Odéon, s’est tenue la soirée de remise du Prix Anaïs Nin 2018. C’était une soirée magnifique et festive, plus d’une centaine de personnes étaient réunies pour remettre le Prix à la lauréate. Ce prix a été fondé en 2015 par Capucine Motte et Nelly Alard, il récompense une plume singulière et audacieuse, empreinte de poésie et mettant en valeur le monde anglo-saxon.

Après délibération, le jury a élu le dernier roman de Catherine Cusset  (cliquez ici pour lire l’article de Livre Hebdo) qui était en compétition avec le très beau  Fugitive parce que reine de Violaine Huisman.

Ce Prix 2018 récompense ainsi Catherine Cusset pour l’ensemble de son oeuvre.

A propos de ce roman :

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Je peins ce que je veux, quand je veux, où je veux

Après l’histoire bouleversante de Thomas dans L’autre qu’on adorait , Catherine Cusset romance ici la vie du célèbre peintre David Hockney.

Naissance en 1937 à Bradford. Londres, New York puis la Californie, Los Angeles : SA ville, cette ville dont lumière et piscines ont fait la célébrité de ses toiles colorées.
On rencontre les personnages de sa vie, ses parents, ses professeurs et ses amants dont Peter, le seul qui lui ait causé un chagrin immense, représenté dans sa célèbre toile  Portrait d’un artiste, (en bas à droite sur la photo ci dessus).

On ne peut lire un tel roman sans aller enquêter et rechercher sur internet les oeuvres dont l’auteur décrit parfaitement la genèse. la toile de sa vie se déroule sous les événements qui ont inspiré ses plus grandes peintures.

Si je devais retenir une chose de ce roman c’est sans doute la ligne de conduite de David Hockney, celle qui l’a mené au succès dès ses 30 ans : travailler oui, mais peindre en se faisant plaisir, peindre ce qu’il aimait sans penser à ce qui se vendait. À contre-courant du mouvement abstrait il a su faire revivre le figuratif. David Hockney a surtout su mettre sur la toile sa liberté infinie de vivre et de penser.
Sa réussite ressemble à un conte de fée, celui du petit garçon d’un milieu modeste qui va vivre le rêve américain, mais c’est avant tout la vie d’un homme qui a su comprendre très tôt comment utiliser son incroyable don, ce personnage était créé pour interpréter le Prix Anaïs Nin! Bravo à la lauréate, en photo ci dessous entourée de Capucine Motte et de Nelly Alard les organisatrices.

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Crédit photo : @juliopatti

L’invention des corps inaugure la section littérature dans Bold magazine !

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J’ai l’immense honneur et joie d’inaugurer la rubrique Littérature de BOLD Magazine, média/mag culturel bimestriel basé au Luxembourg, gratuit et consultable sur le net.

Pour le premier mag de l’année, je reviens sur L’invention des corps de Pierre Ducrozet, Prix de Flore 2017, ce roman correspondant parfaitement selon moi à la cible du mag, mixte tendance masculine, moderne et résolument ancrée dans notre époque.

Pour les deux coups de coeur, j’ai nommé Les fantômes du vieux pays (The Nix) de Nathan Hill paru chez Gallimard à la rentrée dernière et Nos héros secondaires de SG Browne paru aux Editions Agullo. Ils s’inscrivent tous deux dans l’ère du temps et je l’espère plairont aux lecteurs ciblés par le mag !

Vous pouvez retrouver l’intégralité de ce nouveau mag Ici  et mon article p.22, et les suivants deux fois par trimestre !

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Bold mag #50

 

Ma première fois aux 68 premières fois

Enfin, cette semaine de février se caractérise par un dernier évènement : Les 68 premières fois ont lancé leur sélection !!

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C’est la première fois que je participe à cette aventure et je m’en réjouis! Félicitations aux organisatrices !

 

 

 

Eparse

Je suis une fille particulièrement décousue.

  • Eparse, adj fém, synonymes: constellée, abondante, éparpillée, sporadique, flottante, égarée, diffuse.
  • Eparse, adj fém, antonymes : compacte, massive, réunie.
  • Eparse, adj fém, anagramme : Séparé.

Est-ce par la séparation que débute Eparse ? En est-elle le coeur ou le fil conducteur ? Mais de quelle séparation parle-t-on? De ses parents? De son mari, de son amant? Ou encore de ses enfants ?

Eparse, le premier roman de Lisa Balavoine, pourrait être la petite soeur du livre de Roland Barthès, « Fragments d’un discours amoureux ». Des fragments d’histoires amoureuses, mais aussi des fragments de vie qui la définissent et la constituent, un état des lieux à quarante ans, l’âge où l’on hésite : bilan ou projets ? Résignation ou réalisation ?

Lorsqu’on m’appelle mademoiselle c’est pour me vendre un truc. Je n’ai plus d’enfants avec un âge à un chiffre. L’idée de faire l’amour dans une bagnole ne m’excite plus.

Des morceaux d’elle, mais aussi des sensations fugaces, des paroles de chansons, des définitions de mots inventés, des citations d’auteurs au milieu de citations d’enfants, des abondances d’anaphores, des séries de listes et des listes d’aphorismes.

Eparse est la femme française contemporaine dans tous ses paradoxes : ambition, féminité, érotisme, mélancolie. Eparse est rock-romantique, poético-pornographique, délibérément décousue. Une mère imparfaite, issue d’un mère imparfaite.

Je suis éparse, nous sommes éparses, vous êtes éparses. A conjuguer à tous les temps, pourvu que l’on s’y retrouve dedans. Des thèmes intemporels dont la revisite ne nous lasse pas. Car nous trouvons l’essence même de ce qui nous constitue : notre enfance, nos madeleines de Proust, nos traumatismes, nos premiers baisers. Une mère envers qui nous avons tout essayé. Nous nous retrouvons dans les ruptures, ou les non-ruptures, nous nous retrouvons en train d’accoucher, nous nous retrouvons quelques années plus tard à être mère seulement une semaine sur deux. Amante l’autre semaine. Ecartelée, déchirée entre nos personnalités, nos choix et nos non-choix, « un rythme bancal fait de vides et de pleins ». Jamais seule, ou alors beaucoup trop. Nous nous retrouvons dans le diagnostic du psy « vous vous attachez aux personnes qui ne sont pas disponibles pour vous », vous l’avez compris, nous nous retrouvons partout.
Un objectif commun nous rassemble dans ce premier roman, aimer vraiment, ne jamais faire semblant.

Je porte du vernis rouge presque tous les jours. Je porte le deuil d’une amie qui ne l’est plus. Je porte le même parfum depuis plus de 15 ans. Je porte du 38 quand tout va bien.

Mon avis

J’aime ce genre de roman reflet d’une époque, un livre document, générationnel donc presque déjà démodé car emprunt de nostalgie. Je l’imagine entre les mains de nos petits enfants devenus adultes : Voyons-voir ce qu’elle écrivait/lisait mamie? avant de lever un sourcil et comprendre qu’ils ne sont pas les premiers à apprendre la vie.
J’affectionne ces instantanés de réalisme pur, cette écriture qui sème de la poésie dans les moments bruts. J’aime ces romans qui se prêtent à cet exercice de l’intime et non de l’imaginaire, j’aime par-dessus tout les auteurs qui mettent le doigt sur les détails a la fois insignifiants et significatifs du quotidien.
A ceux qui diront qu’Eparse n’est pas construit, je répondrai qu’ils se trompent. Si le début du roman laisse penser qu’il va être question d’une succession de pensées, c’est l’histoire d’une vie de femme qui se joue devant nous, et l’amour dénominateur commun nous pousse en avant dans le roman, pour comprendre sa vie, ou peut-être la nôtre.

Le signe astrologique du roman

Cancer pour ce roman introspectif et lunaire. L’émotionnel dirige tout et ressort partout derrière une attitude choisie et a priori contrôlée. Le roman étant grandement autobiographique, je suis allée regarder le signe de Lisa Balavoine. Elle n’est ni cancer ni signe d’eau mais sagittaire; cependant je n’ai aucun doute sur la présence d’une dominante lunaire ou d’élément Eau s’exprimant dans son thème astral : le signe solaire étant ce que l’on dégage consciemment, non notre inconscient qui nous pousse à écrire par exemple.
En plus de l’émotivité camouflée, le cancer se distingue par une certaine vulnérabilité, une ambition certaine, un esprit de protection, il symbolise la maternité aussi (le cancer rejoint la maison IV, celle du foyer). Enfin l’amour est au centre des préoccupations du cancer, et il a une tendance à s’alourdir des relations anciennes et du poids du passé dont il refuse de se débarrasser.

Longtemps, j’ai cru que l’amour de mes enfants pouvait m’emplir tout entière. Je n’avais pas encore compris qu’en les étouffant de la sorte, c’est en réalité moi-même que j’asphyxiais.

L’auteure

Lisa Balavoine est née en 1974, elle est professeur-documentaliste, vit et travaille à Amiens.
« Eparse » est son premier roman, paru en janvier 2018 aux éditions J.C Lattès.

Extrait choisi

J’ai essayé le silence. J’ai essayé la distance. J’ai essayé la compassion. J’ai essayé le chantage. J’ai essayé la douceur. J’ai essayé la violence. J’ai essayé les menaces. J’ai essayé les groupes de paroles. J’ai essayé la psychanalyse. J’ai essayé les antidépresseurs. J’ai essayé l’abstinence. J’ai essayé les coups de pression. J’ai essayé les pétages de plomb. J’ai essayé de la diversion. J’ai essayé de la discussion. J’ai essayé les intermédiaires. J’ai essayé la famille. J’ai essayé la bienveillance. J’ai essayé la compréhension. J’ai essayé les retrouvailles. J’ai essayé les séparations. J’ai essayé l’amour. J’ai essayé la haine. J’ai essayé de comprendre ma mère. Sans résultat.

Le problème avec l’amour

« Quand j’étais petite, tout ce que je voulais faire plus tard quand je serais grande, c’était connaître l’amour. L’amour m’intriguait parce qu’il ne suffisait pas d’être amoureux. Il fallait aussi être aimé. »

Le problème avec l’amour, la première fois, c’est qu’on ne le reconnaît pas forcément. Le problème avec l’amour, les fois d’après, c’est toutes nos croyances, tous nos espoirs. Le problème avec l’amour aujourd’hui, c’est notre mère, notre père, notre meilleure amie, nos rêves, nos drames, tout ce qui nous constitue. Nous vivons dans l’urgence d’un amour réussi. Mais qu’est-ce qu’un amour réussi? Que signifie l’échec en amour aujourd’hui? De nos jours, nous n’avons jamais autant décrié l’amour mais jamais autant idéalisé à la fois.
Marion, comme beaucoup de femmes actives de 40 ans célibataire, parisienne de surcroît, a l’impression d’avoir accumulé beaucoup d’échecs amoureux. Elle rencontre Marco. Marco veut cadenasser leur amour naissant sur le Pont des Arts, comme le font beaucoup d’amoureux. Alors Marion lui écrit une grande lettre. Une analyse de tous ses espoirs et de ses peurs en amour, dans l’espoir fou que cette fois-ci, ça marche. Car quand le sentiment de l’amour existe, le plus difficile, c’est qu’il persiste.
Marion est peut être une amoureuse de l’amour, qui, plutôt que s’installer confortablement dans une relation, en cherche les limites et en visite tous les contours.
Ce roman est une vision ultra réaliste de l’amour du XXI ème siècle, la solitude des êtres, ses exigences, son impossibilité d’éternité.

« Tu ne comprends vraiment rien à l’amour. Bien sûr, toi tu crois que c’est celui qui est quitté qui souffre le plus, hein? Et bien non. Celui qui aime, il a encore son amour au moins. »

Mon avis

Comme la narratrice, comprendre l’amour est pour moi une des missions qui m’a sans doute été donnée. L’amour fou, vrai, passion, ou véritable, selon le petit nom qu’on veut bien lui donner, a toujours été le grand fantasme de beaucoup de générations. La relation fusion, l’amour réciproque est pour beaucoup d’entre nous un réel but à atteindre, mais seulement lorsqu’on veut bien y croire.
Aujourd’hui en France, la femme peut choisir son partenaire, le quitter, s’assumer, et vivre ses sentiments sans contrainte. On a donné la liberté aux femmes il y a moins d’un siècle, sans leur expliquer comment s’en servir. Pas étonnant qu’elles éprouvent quelques difficultés… Puisse ce genre d’ouvrage aider les générations futures !

J’ai aimé le réalisme avec lequel l’auteure dépeint la société et les paradoxes des relations. J’ai regretté l’absence d’un fil conducteur qui nous tiendrait plus en haleine, et ce roman pourrait glisser des mains de ceux qui n’ont pas le sujet de l’amour en priorité.

Le signe astrologique du roman

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Balance, dont la relation sentimentale prime sur la relation professionnelle et dont l’ambition principale est la recherche d’un partenariat fiable, équilibré, harmonieux. La balance est perfectionniste, et souvent indécise, comme la narratrice.

L’auteur

Isabelle Miller est née à Paris en 1958. Elle y vit et travaille toujours. Elle a exercé plusieurs métiers dont professeur de français à l’Éducation nationale. Elle a travaillé dans une maison d’édition, puis dans une grande entreprise comme responsable de la communication interne puis des études marketing. Elle est aujourd’hui consultante indépendante.
Son premier roman Le Syndrome de Stendhal est paru chez Sabine Wespieser en 2003. En 2008, elle publie un recueil de nouvelles sur 11 histoires de grandes oeuvres d’art inachevées, Les Inachevées, le goût de l’imparfait chez Seuil.
Son dernier ouvrage, Le problème avec l’amour, est paru février 2017 aux éditions JC Lattès.

Grande Section

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Les confidences d’Hadia…

Avec Hadia, on s’est rencontrées sur Instagram. Elle s’est abonnée à mon compte car elle aimait les livres. Un jour, elle apprend que comme elle je suis dentiste. Nous sommes toutes deux agréablement surprises de notre rencontre virtuelle… Les dentiste férus de littérature ne courent pas les rues ! Depuis ce jour, la liste de nos points communs n’en finit pas de s’allonger. (Evidemment, elle est taureau comme moi). Je lui demande si elle a participé à la manif des dentistes, elle me dit qu’elle avait d’autres projets à finaliser. Elle finit par m’avouer qu’elle va publier un roman chez Lattès dans quelques mois. Un tourbillon de joie s’empare de moi tellement je suis contente pour elle. Je réalise alors qu’ Hadia Decharrière va être bien plus qu’une insta-rencontre…

« Hadia, je serai ta première lectrice, c’est génial, une dentiste écrivain ! Tu confirmes ce que j’ai toujours pensé : écrire permet de tout supporter.

_ Ecrire soigne tous les maux. Sans doute ce genre d’histoire te permet de confirmer des envies que tu aurais envie d’accomplir mais que tu réfrènes par soucis de réalisme… Je pense aujourd’hui que réellement, tout est possible dans la vie. Même les choses qui paraissent inatteignables.

_ Tu dois être tellement heureuse ! Tu es sur le projet depuis longtemps? Tu écrivais avant?

_ J’ai toujours écrit, mais sans jamais ressentir la volonté de publier. Qui étais je d’ailleurs pour oser imaginer que mes textes avaient de la valeur?

_ J’imagine que tu ne veux pas me révéler tout de suite de quoi parle ton roman?

_ Le livre qui va être publié vient d’un texte que j’ai écrit vite, un texte cathartique qu’il me fallait sortir.

_ Comment tu as sauté le pas pour entrer dans une maison d’édition?

_ Je ne l’aurais jamais fait sans une amie. En fait, je faisais lire mes textes à mes amies, et un jour, une d’entre elles, Priscilla, m’a dit qu’il fallait que je me fasse publier. On s’est démenées, et de fil en aiguille, j’ai fini par obtenir un rendez vous… Le contrat a été signé, tout s’est passé à toute vitesse. Je ne réalise pas… »

Et puis le livre a été imprimé, Hadia me l’a envoyé quelques jours avant le lancement. Je l’ai lu d’une traite. Son histoire m’a touchée, la tournure de ses phrases et la fluidité de l’écriture m’ont vraiment conquise. Le jour du lancement, je suis allée à Paris pour enfin la rencontrer.
Libraire Fontaine… Je la rencontre enfin, on s’embrasse avec émotion. Après plusieurs centaines de dédicaces, j’ai enfin pu lui poser toutes les questions qui étaient venues m’assaillir après la lecture…

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« Ta syntaxe est superbe. Combien de temps as-tu passé à travailler tes phrases? Et où as -tu trouvé tout ce temps?

_ Oh pas si longtemps ! En fait ce sont les mots qui viennent à moi, j’écris d’un jet. Je ne relis quasiment jamais ce que je viens d’écrire. J’ai écrit quand j’avais un moment, au café par exemple, quand j’attends ma fille à son cours de théâtre. Je n’écris jamais les soirs, je suis trop fatiguée par le cabinet !

_ La couverture est superbe… Est-ce toi qui a choisi la gravure en bas?

_ Oui à la base je voulais un drapeau syrien et américain, mais bon… On a plutôt opté pour cette petite fille. Il y en avait deux à bicyclette, j’ai choisi celle qui regardait vers la gauche, vers son passé.

_ Comment ta maman a-t-elle accueilli le roman? Cela n’a pas remué trop de souvenirs chez elle?

_ Très bien, au contraire. Elle m’a dit quelque chose de très beau, qu’elle ne savait pas « que je savais faire ça… ».

_ Et toi, as-tu senti le pouvoir libérateur des mots, t’es-tu sentie mieux après avoir écrit ce texte?

_ Oui, surtout avec la deuxième partie, « Parenthèse américaine. » Personne ne m’avait jamais reparlé de cette période. Ecrire dessus m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé mon oncle sur facebook et c’est lui qui m’a appris tout ce que j’ai écrit dans le roman. Mes souvenirs étaient flous…

_ As-tu d’autres projets d’écriture en cours?

_ Bien sûr… d’ailleurs mon deuxième roman attend sagement, sur le bureau de mon éditrice… »

Le roman

Comment les choses que l’on avait si bien enfouies nous reviennent-elles? Pour la narratrice, la rentrée de sa fille en grande section fait apparaître des réminiscences de son enfance. Un crayon HB acheté pour la rentrée et ses souvenirs des années 80 ressurgissent. Que s’est-il passé cette année là pour qu’elle ait autant envie de pleurer?
Nous voilà à ses côtés, à voyager dans sa mémoire et visionner les clichés Kodac de son enfance, le clip de Thriller en fond.
Née à Koweït de parents syriens, elle déménage trois fois en cinq ans. Koweït, Cannes, Damas, puis San Diego, près de Los Angeles. Puis elle rentrera en France, à Paris, où elle grandira.

Au départ, son père est dans « les affaires », fait construire une villa à Cannes, et sa famille fait ainsi partie des privilégiés du Proche Orient installés sur la côte s’azur.

Les Syriens et les Libanais qui avaient les moyens s’y construisirent une vie en tout point semblable à la leur, les bombes en moins.

Malheureusement les affaires en famille tournent mal, et son père se voit contraint de les faire déménager et de retourner en Syrie. Ils restent alors deux ans en Syrie, la narratrice découvre la culture arabe, elle entend les appels du minaret comme une musique car elle n’est ni croyante ni pratiquante. La nourriture est abondante, odorante, et les femmes sont très habillées.

A Damas, les épouses sont comme des princesses, ça brille et ça scintille dans tous les sens, le minimalisme n’est en aucun cas de rigueur. Il faut du bleu sur les yeux, du rouge sur les lèvres, il n’est pas question de faire un choix, il faut laisser derrière soi un envoûtant sillage de musc et de gardénia.

A Damas, elle est heureuse, sa vie ne change pas trop de Cannes, « sa vie cathodique est riche » et l’école est française. Mais déjà il faut déménager. Son père projette de nouvelles affaires, croit au rêve américain et les emmène à San Diego. Ce sera la parenthèse américaine, celle qui emportera celui qui y croyait tant. Son père ne fera jamais affaire là bas puisqu’il y mourra.

Mon papa ne va pas mourir dans le pays qui l’a vu naitre, mais dans celui qui aurait dû être le témoin de son ascension.

Que reste-t-il de l’enfance quand on a été arrachée à tout? A son pays d’origine, à ses frères et soeurs, à son père? Que reste t-il quand on a connu les trahisons familiales, la maladie paternelle, la dépression maternelle?

Il reste tout. Tout à reconstruire, tout à aimer. La narratrice se met à nager comme une folle, et après quelques années de pause, c’est la natation qui la fera replonger dans ses souvenirs…

Les années qui suivirent sa mort j’ai nagé comme une star. Puis le 19 mai 2014, comme un exquis cadeau d’anniversaire, Molitor renaquit, et les premières photos du bassin qui circulaient sur internet constituèrent un parfait prologue à ma future immersion dans le passé.

Elle ne veut surtout pas que sa fille connaisse la même Grande Section qu’elle. Elle veut la protéger des excès, des voyages, elle veut pour elle une enfance stable, pleine d’amour et de tendresse. Elle ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, veut la porter jusqu’à la crampe, profiter de chaque instant avec elle.

Désormais, j’aime les entre deux, ces moments qui me parurent stériles et inutiles jusqu’à présent, ces instants ennuyeux qui ne le sont pas, et que j’apprendrai à considérer comme les fondamentaux de ma vie. Je n’ai pas hâte qu’elle fasse ses nuits, je veux profiter de chaque seconde du silence qui règne quand elle m’appelle pour soulager sa faim, ce silence qui n’arrive jamais en ville, plus de voiture, plus de voisin, il est 3h du matin et je n’ai pas de frisson, je fais ce qui me plaît, je suis seule avec elle; et quand son papa nous rejoint, nous sommes si bien que le monde entier peut crever, j’en ai rien à faire, j’ai tout ce dont j’ai besoin.

Mon avis

Un premier roman a quelque de chose de commun au premier amour. Une émotion particulière, quelque part entre le frémissement et la sensation d’absolu.

Ce livre touchant à la plume impeccable nous parle du déracinement des êtres et des cicatrices que l’on maquille, de la tristesse que l’on cache et qui nous rattrape toujours. Ce roman est un voyage, le pèlerinage d’une enfance volée, une déclaration d’amour au père trop vite parti.

Les questions soulevées par le roman

La narratrice apprend à 36 ans que son père avant de mourir avait projeté de monter une clinique dentaire avec son beau-frère. Celle qui a choisi dentaire deux semaines avant le bac, alors que son dossier pour la prépa HEC était prêt, n’avait jamais pu expliquer ce choix et tombe des nues en apprenant les projets de son père à l’époque. D’où sa question pertinente :

La vie est-elle une succession de choix conscients, où sommes-nous contraints par nos souvenirs inconscients à privilégier certaines décisions, certaines rencontres?

En effet, lorsque l’on croit tout contrôler, tout diriger, l’inné ou l’enfance ont déjà presque tout déterminé…

Hadia parle également de l’émigration, du Proche-Orient qui a changé, de tout ce qu’on déracine quand on déménage loin de ses origines et de l’espoir qui l’accompagne :

Normalement, quand on change de pays, on est accompagné de l’espoir d’y trouver un futur meilleur. Que l’on y soit contraint ou qu’on l’ait envisagé en toute liberté, vivre ailleurs ouvre de nouveaux horizons et donne naissance à des possibilités inédites.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux… Comme le père de la narratrice. Ayant également un papa gémeaux, j’ai immédiatement saisi le portrait de celui du roman. Un être positif, débordant d’idées et d’énergie, et surtout malin. Doué pour les affaires. Le genre d’homme qui n’a pas forcément besoin de faire d’études, qui comprend vite et qui a un bon flair. Qui aime les belles choses, qui aime le luxe, qui assume sa famille, qui part tôt au travail sans se plaindre, parce que ça marche, parce que le Gémeaux est un très bon travailleur. Un gémeaux vit avant tout pour son épanouissement professionnel.
De plus, quand on arrive vers 40 ans, notre ascendant prend le dessus sur notre signe solaire. Ce qu’Hadia ne sait peut-être pas, c’est qu’elle est ascendant gémeaux…

Mais tu aurais dû le savoir papa, les affaires en famille ne sont jamais bonnes, tu t’es laissé embarquer dans leur business, tu as accepté d’en prendre la tête. Tu as permis à mes oncles de gagner un fric insensé, de rouler en Rolls… Tu as fait le job, mais toi, tu ne partages pas leur mode de vie, et ton indépendance est devenue trop encombrante. Pas de bol mon papa chéri, tes tontons t’ont flingué.

Un beau roman, à lire, bien évidemment!