Les Orphée

« Arrivé au comptoir, Orphée a envie de manger une glace à la nuit. Mais ça n’existe pas. Alors il se commande un verre. »

En terminant ce roman j’ai dû m’arrêter de respirer un temps. Ma bouche a émis une drôle d’onomatopée : Aoupff. Tout en reprenant mon souffle, déroutée, je suis retournée au début. A nouveau la dédicace « Agathe voici les Orphée, (…) PS : c’est très différent d’ Adolphe a disparu tu verras ».
C’est très étrange cette comparaison, qui plus est je déteste comparer — on ne doit jamais comparer ses enfants ni ses livres, principe de vie absolu — très étrange de les comparer alors qu’en effet ils ne se ressemblent pas.
Par conséquent, comme il ne faut jamais dire jamais, je l’ai comparé. Non pas à Adolphe, mais au premier, La nuit des trente, grande cavale de nuit dans Paris à la recherche de l’amour. Si Les Orphée changeait de titre, j’opterais donc volontiers pour La nuit des trente-deux  version mythologie grecque (au passage, un grand merci à l’auteur et à Wikipédia pour avoir comblé mes lacunes sur la descendance d’Apollon, Calliope & co).

Dans ce troisième roman, il est ainsi question de la nuit, de l’ivresse, de la perte et du manque. Orphée est cet être qui chaque nuit descend aux enfers pour tenter de ramener sa belle Eurydice sans pouvoir la regarder.
Les personnages deviennent des légendes : Virgile le guide est ce copain pilier de bar toujours dispo pour boire à votre santé, le videur est représenté par Cerbère … même le chauffeur Uber est baptisé Charon, celui qui vous conduit aux enfers.
Qui est Eurydice cette jeune femme qu’Orphée recherche obstinément ? A-t-elle existé, est-elle un fantasme, une image oubliée ? Faut-il vraiment descendre aux enfers pour la retrouver ? En vaut-elle vraiment la peine ?
Mais la nuit ne peut exister sans le jour. Et Louis est cet être qui chaque matin appelle son père défunt dans un téléphone incroyable acheté dans une brocante: il lui permet de téléphoner vingt ans en arrière ! Peu à peu, Louis s’isole socialement, plus les jours passent, plus son père va avoir l’âge de mourir.

Antigone, Phèdre et Andromaque n’ont qu’à bien se tenir. Après la lecture de ce roman aux allures de tragédie antique, vous ne regarderez plus Eric Metgzer de la même façon à la télévision.

« Elle lui plaisait, il lui plaisait, Orphée le sait. Alors pourquoi avoir tout gâché ? La malédiction des Orphée. Longtemps le secret a été bien gardé; il a fallu de riches mensonges pour le protéger, des mythes, des poèmes, des opéras, des films, et même un peu de foudre. Mais voici la pauvre vérité ; ce jour-là, il y a des milliers d’années, plongé dans l’obscurité, suivi de la femme aimée, Orphée a fait exprès de se retourner. »

Outre la crise existentielle de la trentaine, cet âge adulte où la devise serait Boire ou construire, il faut choisir, ce roman pose la question de l’être manquant, un thème que j’affectionne beaucoup, car les absents font tellement de bruit dans nos vies, les souvenirs résonnent : quoi que nous fassions nous sommes façonnés par ces êtres qui disparaissent de notre existence. Il n’y a rien de plus injuste que cette phrase que l’on n’a pas eu le temps de dire à un proche défunt, et il n’y a rien de plus romantique qu’un amour inachevé, la mélancolie qui en découle est féconde et sublimatrice.

Merci à Eric Metzger pour la lecture de ce roman que je vous recommande. Une très jolie odyssée au pays de la nuit.

Le signe astrologique du roman

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Balance ! Orphée représenté par sa lyre ne peut appartenir qu’à ce signe vénusien !!! La balance est un signe artistique et romantique. Par ailleurs, on lui attribue à tort la qualité d’être tempéré et équilibré, ce qui n’est pas forcément le cas : la balance est capable de passer d’un extrême à l’autre. Les relations affectueuses sont vitales pour le bonheur de ce signe, en cas d’échec il peut se révéler cynique et amer.
D’autre part, le roman comme le signe sont totalement vénusiens ; Vénus est la planète du désir, de l’amour et de la volupté. Rien de plus vénusien que ce roman où l’esthétisme et l’ivresse sont maitres.