Soirée de remise de Prix 2017

Vendredi 26 janvier 2018, Librairie L’instant à Paris, s’est tenue la première édition du Grand Prix des Blogueurs Littéraires ! Environ quatre-vingt personnes étaient présentes autour d’un cocktail servi par François-Xavier Ferrol, gérant du restaurant Pirouette Paris Ier, pour couronner Bakhita, sublime roman 2017 de Véronique Olmi publié chez Albin Michel. 80 personnes, Auteurs, éditeurs et blogueurs confondus étaient présents, dans une ambiance festive et décontractée, et se sont laissés photographier toute la soirée par Albin Durand que je remercie infiniment pour sa prestation de qualité.

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Parmi les invités : David Foenkinos et Olivia de Lamberterie en guest star et marraine bienveillante, Eric Metzger qui écrit aussi bien qu’il nous fait rire dans Quotidien, François-Henri Désérable et son acolyte Clément Bénech, l’incroyable Sylvia Rozelier à l’origine de l’idée de ce Prix, la drôlissime Sylvie Le Bihan, les belles et inspirantes Charlotte Pons, Clarisse Gorockoff et Hadia Decharrière, ainsi que les talentueux Mahir GuvenJean-Baptiste AndreaSébastien Spitzer et Mathieu Ménégaux, venus avec un aplomb inégalables.

Au terme de mon discours dont je préfère oublier les hoquets et tremblements, Véronique Olmi s’est vue remettre un trophée de la part de notre communauté, ainsi qu’un encadrement de la photo de couverture du roman, provenant des archives du musée Nicéphore Niepce à Chalon-sur-Saône… ma ville! (les hasards sont souvent bons..)

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Notre lauréate, dans une interview qu’elle a donné au journal Valgirardin XVème a justement déclaré :

Je trouve cela bien de donner au livre des moments hors de tout ce qui est institutionnel, attendu, rituel. Là, tout d’un coup, une très belle surprise surgit, avec cette spontanéité, ce travail, cette énergie très joyeuse et très communicative.

La suite de la soirée s’est déroulée dans la même ambiance, rencontre, échanges et dédicaces entre blogueurs et auteurs adulés.

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Clément Bénech, Estellereads, unlivreparsemaine, François-Henri Désérable

Notre équipe s’est fait une joie d’accueillir, badger et orienter chacun et chacune. Je dois énormément à mon équipe de blogueuses, qui depuis la création du Prix a su innover, réfléchir, diffuser, partager… Parmi elles, je nomme Amandine de Livresse Littéraire, mon associée principale, trésorière du Prix, que je remercie énormément pour son aide au quotidien depuis le début. Il y a aussi Bénédicte d’aufildeslivres qui a géré l’actualité de la page Facebook du Prix avec une énergie incroyable, Charlotte de Loupbouquin ,  Céline de mes échappées Livresques, mais aussi Sarah, Alex de Bricabook et puis Carobookine et Julie Vasa dont le discours surprise à mon endroit m’a profondément touchée. Merci les filles !

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Sylvie Le Bihan, entourée de Céline, Caroline, et Sarah

Comme l’a parfaitement expliqué Solène (Larousse Bouquine) dans son article sur la soirée du Prix, les blogueurs étaient encore mal perçus dans le milieu littéraire. Trop libres, trop sincères, peu formés… et pourtant, cette soirée a permis à tous de constater à quel point ce Prix et cette union manquaient dans le paysage littéraire actuel, immergé constamment dans le bain des réseaux sociaux.

J’ai eu l’immense chance de vivre cela : une rencontre nécessaire et libératrice, une communion sincère et enthousiaste de lecteurs passionnés, ravis d’échanger avec leurs auteurs préférés ; des auteurs détendus, invités pour célébrer et non pour débattre, se défendre, ou encore se faire connaître.

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Nicolas Houguet, blogueur présent ce soir-là, a publié sur Facebook un superbe billet dans lequel il y a ce passage si émouvant :

Je me tiens un peu à l’écart de la foule qui ressemblait à celle d’une fosse de concert tant elle était nombreuse dans la librairie. D’un coup, je vois une forêt de téléphones portables s’élever. On se livre à des discours allègres sous des ovations enthousiastes. Tout ça, c’est de la joie.

Quand Véronique Olmi brandit le trophée qu’elle a gagné pour Bakhita, ouvre le beau cadre qui reproduit la photo de sa couverture avec l’allégresse d’une enfant un matin de Noël, un frisson d’intensité et d’émotion parcoure l’assistance. Et je l’éprouve aussi

Ce soir-là, j’ai vu des gens prendre conscience de leur voix et de leur nombre.
C’était comme assister au début d’un beau mouvement.

C’était une naissance.

Oui Nicolas, c’était sans doute cela que je cherchais, enfanter ce Prix c’était pour moi un aboutissement utile, une reconnaissance envers les réseaux à qui je dois tant de lectures enrichissantes, tant de rencontres éblouissantes. Bookstagram est une bulle d’air immense, une communauté qui certains jours, sauve, par sa disponibilité et sa bienveillance.

Tout cela s’est ressenti, le simple bonheur d’être ensemble, l’excitation de se découvrir, entre membres de l’équipe du Prix, mais aussi entre blogueurs, sans parler de la fierté immense de passer une soirée avec les auteurs comme s’ils étaient nos amis, comme si on les connaissait depuis toujours.

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Jean-Baptiste Andréa et Sandrine Babu, libraire

Jean-Baptiste Andréa, auteur de Ma Reine publiée chez L’iconoclaste , a su percevoir ce qui avait plu, a compris d’où venait la magie de la soirée. Il m’a envoyé ce mail au lendemain du Prix qui m’a tellement émue que je me suis promis, en tant que Présidente du Prix, d’en faire ma ligne de conduite pour les années à venir, afin d’en garder l’esprit intact.

Chère Agathe,
Merci encore pour la soirée d’hier. Tu as réussi l’exploit de monter en un court laps de temps un événement très réussi. J’ai la réputation d’être assez réfractaire à toute forme d’organisation formelle, tables rondes, exégèse, etc… et la soirée d’hier était à cet égard une vraie bouffée de fraîcheur. Décontractée, joyeuse, des amis réunis autour des livres plutôt que pour écouter des logorrhées.
J’espère que tu sauras préserver, dans les prochaines éditions, cette fraîcheur. Que tu résisteras à la pression de l’institutionnalisation, « d’essayer de faire mieux ». Car tu ne pourras pas faire mieux, c’était parfait comme ça.
Amitiés, 
Jean-Baptiste Andréa

Dans quel état pouvais-je être, autrement que comblée par cette première édition ? Merci à tous , et vivement l’année prochaine !!

Avant de finir en images je vous joins quelques posts Instagram dont la beauté des mots résonnera en moi longtemps tellement ils m’ont fait plaisir !

Le mot d’Hadia

Le mot d’Aurélie

Le mot d’Amandine

Le mot de Mademoiselle do Lit

Et enfin, quelques photos de cette sublime soirée…

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Crédit Photo : ALBIN DURAND @_albin_

Grande Section

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Les confidences d’Hadia…

Avec Hadia, on s’est rencontrées sur Instagram. Elle s’est abonnée à mon compte car elle aimait les livres. Un jour, elle apprend que comme elle je suis dentiste. Nous sommes toutes deux agréablement surprises de notre rencontre virtuelle… Les dentiste férus de littérature ne courent pas les rues ! Depuis ce jour, la liste de nos points communs n’en finit pas de s’allonger. (Evidemment, elle est taureau comme moi). Je lui demande si elle a participé à la manif des dentistes, elle me dit qu’elle avait d’autres projets à finaliser. Elle finit par m’avouer qu’elle va publier un roman chez Lattès dans quelques mois. Un tourbillon de joie s’empare de moi tellement je suis contente pour elle. Je réalise alors qu’ Hadia Decharrière va être bien plus qu’une insta-rencontre…

« Hadia, je serai ta première lectrice, c’est génial, une dentiste écrivain ! Tu confirmes ce que j’ai toujours pensé : écrire permet de tout supporter.

_ Ecrire soigne tous les maux. Sans doute ce genre d’histoire te permet de confirmer des envies que tu aurais envie d’accomplir mais que tu réfrènes par soucis de réalisme… Je pense aujourd’hui que réellement, tout est possible dans la vie. Même les choses qui paraissent inatteignables.

_ Tu dois être tellement heureuse ! Tu es sur le projet depuis longtemps? Tu écrivais avant?

_ J’ai toujours écrit, mais sans jamais ressentir la volonté de publier. Qui étais je d’ailleurs pour oser imaginer que mes textes avaient de la valeur?

_ J’imagine que tu ne veux pas me révéler tout de suite de quoi parle ton roman?

_ Le livre qui va être publié vient d’un texte que j’ai écrit vite, un texte cathartique qu’il me fallait sortir.

_ Comment tu as sauté le pas pour entrer dans une maison d’édition?

_ Je ne l’aurais jamais fait sans une amie. En fait, je faisais lire mes textes à mes amies, et un jour, une d’entre elles, Priscilla, m’a dit qu’il fallait que je me fasse publier. On s’est démenées, et de fil en aiguille, j’ai fini par obtenir un rendez vous… Le contrat a été signé, tout s’est passé à toute vitesse. Je ne réalise pas… »

Et puis le livre a été imprimé, Hadia me l’a envoyé quelques jours avant le lancement. Je l’ai lu d’une traite. Son histoire m’a touchée, la tournure de ses phrases et la fluidité de l’écriture m’ont vraiment conquise. Le jour du lancement, je suis allée à Paris pour enfin la rencontrer.
Libraire Fontaine… Je la rencontre enfin, on s’embrasse avec émotion. Après plusieurs centaines de dédicaces, j’ai enfin pu lui poser toutes les questions qui étaient venues m’assaillir après la lecture…

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« Ta syntaxe est superbe. Combien de temps as-tu passé à travailler tes phrases? Et où as -tu trouvé tout ce temps?

_ Oh pas si longtemps ! En fait ce sont les mots qui viennent à moi, j’écris d’un jet. Je ne relis quasiment jamais ce que je viens d’écrire. J’ai écrit quand j’avais un moment, au café par exemple, quand j’attends ma fille à son cours de théâtre. Je n’écris jamais les soirs, je suis trop fatiguée par le cabinet !

_ La couverture est superbe… Est-ce toi qui a choisi la gravure en bas?

_ Oui à la base je voulais un drapeau syrien et américain, mais bon… On a plutôt opté pour cette petite fille. Il y en avait deux à bicyclette, j’ai choisi celle qui regardait vers la gauche, vers son passé.

_ Comment ta maman a-t-elle accueilli le roman? Cela n’a pas remué trop de souvenirs chez elle?

_ Très bien, au contraire. Elle m’a dit quelque chose de très beau, qu’elle ne savait pas « que je savais faire ça… ».

_ Et toi, as-tu senti le pouvoir libérateur des mots, t’es-tu sentie mieux après avoir écrit ce texte?

_ Oui, surtout avec la deuxième partie, « Parenthèse américaine. » Personne ne m’avait jamais reparlé de cette période. Ecrire dessus m’a fait beaucoup de bien. J’ai retrouvé mon oncle sur facebook et c’est lui qui m’a appris tout ce que j’ai écrit dans le roman. Mes souvenirs étaient flous…

_ As-tu d’autres projets d’écriture en cours?

_ Bien sûr… d’ailleurs mon deuxième roman attend sagement, sur le bureau de mon éditrice… »

Le roman

Comment les choses que l’on avait si bien enfouies nous reviennent-elles? Pour la narratrice, la rentrée de sa fille en grande section fait apparaître des réminiscences de son enfance. Un crayon HB acheté pour la rentrée et ses souvenirs des années 80 ressurgissent. Que s’est-il passé cette année là pour qu’elle ait autant envie de pleurer?
Nous voilà à ses côtés, à voyager dans sa mémoire et visionner les clichés Kodac de son enfance, le clip de Thriller en fond.
Née à Koweït de parents syriens, elle déménage trois fois en cinq ans. Koweït, Cannes, Damas, puis San Diego, près de Los Angeles. Puis elle rentrera en France, à Paris, où elle grandira.

Au départ, son père est dans « les affaires », fait construire une villa à Cannes, et sa famille fait ainsi partie des privilégiés du Proche Orient installés sur la côte s’azur.

Les Syriens et les Libanais qui avaient les moyens s’y construisirent une vie en tout point semblable à la leur, les bombes en moins.

Malheureusement les affaires en famille tournent mal, et son père se voit contraint de les faire déménager et de retourner en Syrie. Ils restent alors deux ans en Syrie, la narratrice découvre la culture arabe, elle entend les appels du minaret comme une musique car elle n’est ni croyante ni pratiquante. La nourriture est abondante, odorante, et les femmes sont très habillées.

A Damas, les épouses sont comme des princesses, ça brille et ça scintille dans tous les sens, le minimalisme n’est en aucun cas de rigueur. Il faut du bleu sur les yeux, du rouge sur les lèvres, il n’est pas question de faire un choix, il faut laisser derrière soi un envoûtant sillage de musc et de gardénia.

A Damas, elle est heureuse, sa vie ne change pas trop de Cannes, « sa vie cathodique est riche » et l’école est française. Mais déjà il faut déménager. Son père projette de nouvelles affaires, croit au rêve américain et les emmène à San Diego. Ce sera la parenthèse américaine, celle qui emportera celui qui y croyait tant. Son père ne fera jamais affaire là bas puisqu’il y mourra.

Mon papa ne va pas mourir dans le pays qui l’a vu naitre, mais dans celui qui aurait dû être le témoin de son ascension.

Que reste-t-il de l’enfance quand on a été arrachée à tout? A son pays d’origine, à ses frères et soeurs, à son père? Que reste t-il quand on a connu les trahisons familiales, la maladie paternelle, la dépression maternelle?

Il reste tout. Tout à reconstruire, tout à aimer. La narratrice se met à nager comme une folle, et après quelques années de pause, c’est la natation qui la fera replonger dans ses souvenirs…

Les années qui suivirent sa mort j’ai nagé comme une star. Puis le 19 mai 2014, comme un exquis cadeau d’anniversaire, Molitor renaquit, et les premières photos du bassin qui circulaient sur internet constituèrent un parfait prologue à ma future immersion dans le passé.

Elle ne veut surtout pas que sa fille connaisse la même Grande Section qu’elle. Elle veut la protéger des excès, des voyages, elle veut pour elle une enfance stable, pleine d’amour et de tendresse. Elle ne veut pas qu’elle grandisse trop vite, veut la porter jusqu’à la crampe, profiter de chaque instant avec elle.

Désormais, j’aime les entre deux, ces moments qui me parurent stériles et inutiles jusqu’à présent, ces instants ennuyeux qui ne le sont pas, et que j’apprendrai à considérer comme les fondamentaux de ma vie. Je n’ai pas hâte qu’elle fasse ses nuits, je veux profiter de chaque seconde du silence qui règne quand elle m’appelle pour soulager sa faim, ce silence qui n’arrive jamais en ville, plus de voiture, plus de voisin, il est 3h du matin et je n’ai pas de frisson, je fais ce qui me plaît, je suis seule avec elle; et quand son papa nous rejoint, nous sommes si bien que le monde entier peut crever, j’en ai rien à faire, j’ai tout ce dont j’ai besoin.

Mon avis

Un premier roman a quelque de chose de commun au premier amour. Une émotion particulière, quelque part entre le frémissement et la sensation d’absolu.

Ce livre touchant à la plume impeccable nous parle du déracinement des êtres et des cicatrices que l’on maquille, de la tristesse que l’on cache et qui nous rattrape toujours. Ce roman est un voyage, le pèlerinage d’une enfance volée, une déclaration d’amour au père trop vite parti.

Les questions soulevées par le roman

La narratrice apprend à 36 ans que son père avant de mourir avait projeté de monter une clinique dentaire avec son beau-frère. Celle qui a choisi dentaire deux semaines avant le bac, alors que son dossier pour la prépa HEC était prêt, n’avait jamais pu expliquer ce choix et tombe des nues en apprenant les projets de son père à l’époque. D’où sa question pertinente :

La vie est-elle une succession de choix conscients, où sommes-nous contraints par nos souvenirs inconscients à privilégier certaines décisions, certaines rencontres?

En effet, lorsque l’on croit tout contrôler, tout diriger, l’inné ou l’enfance ont déjà presque tout déterminé…

Hadia parle également de l’émigration, du Proche-Orient qui a changé, de tout ce qu’on déracine quand on déménage loin de ses origines et de l’espoir qui l’accompagne :

Normalement, quand on change de pays, on est accompagné de l’espoir d’y trouver un futur meilleur. Que l’on y soit contraint ou qu’on l’ait envisagé en toute liberté, vivre ailleurs ouvre de nouveaux horizons et donne naissance à des possibilités inédites.

Le signe astrologique du roman

Gémeaux… Comme le père de la narratrice. Ayant également un papa gémeaux, j’ai immédiatement saisi le portrait de celui du roman. Un être positif, débordant d’idées et d’énergie, et surtout malin. Doué pour les affaires. Le genre d’homme qui n’a pas forcément besoin de faire d’études, qui comprend vite et qui a un bon flair. Qui aime les belles choses, qui aime le luxe, qui assume sa famille, qui part tôt au travail sans se plaindre, parce que ça marche, parce que le Gémeaux est un très bon travailleur. Un gémeaux vit avant tout pour son épanouissement professionnel.
De plus, quand on arrive vers 40 ans, notre ascendant prend le dessus sur notre signe solaire. Ce qu’Hadia ne sait peut-être pas, c’est qu’elle est ascendant gémeaux…

Mais tu aurais dû le savoir papa, les affaires en famille ne sont jamais bonnes, tu t’es laissé embarquer dans leur business, tu as accepté d’en prendre la tête. Tu as permis à mes oncles de gagner un fric insensé, de rouler en Rolls… Tu as fait le job, mais toi, tu ne partages pas leur mode de vie, et ton indépendance est devenue trop encombrante. Pas de bol mon papa chéri, tes tontons t’ont flingué.

Un beau roman, à lire, bien évidemment!