Le silence de Sandy Allen

Pour Noël dernier, ma fille avait commandé le Guinness des Records. Si j’avais lu ce roman avant je n’aurais sans doute pas accepté, par empathie pour Sandy Allen. Mais qui est Sandy Allen ? Et pourquoi ai-je mis un bocal d’asperges « Géant vert » sur cette photo ?

Vous l’avez deviné, Sandy a détenu le record de la femme la plus grande du monde. 2,32 mètres. Depuis sa puberté, elle continuait ainsi de grandir d’un centimètre par mois.

Sur le livre du Guinness world records, les femmes et les hommes d’exception sourient. Ils sont heureux d’être uniques. Mais qu’en est-il en réalité? Sandy est née quasiment orpheline, sa grand-mère « Ma » s’est occupée d’elle avec le peu d’argent qu’elle avait. Toute sa jeunesse, elle a été la cible préférée de ses camarades. Aucun garçon ne s’est jamais intéressé à elle. Elle n’a jamais pu s’habiller correctement ni aller à la patinoire comme les autres, faute de pointure à son pied. Elle a enduré des heures et des heures d’examen médicaux, devant entendre à quinze ans qu’elle ne vivrait pas très longtemps. Qu’elle avait une maladie, qu’elle était une géante, un monstre. Que savons-nous au juste des gens exceptionnellement différents ? Que faisons-nous à part les considérer comme des phénomènes de foire ?

Sauf qu’un jour, tout bascule. Sa rencontre avec Fellini changera sa vie, la propulsera dans la lumière. L’homme la veut dans son Casanova. Il rêve d’une géante dans un bain, il veut faire un film onirique et plein de désir. Il lui propose un rôle à Cineccittà. Quelle répercussion ce film aura-t-il sur son existence qui était jusque là sans aucun relief ? Quel film, quelle carrière pourraient supprimer son sentiment d’extrême solitude ?

Un magnifique texte, parfaitement romancé et construit, dont on n’a pas assez parlé depuis le début d’année. Une autre façon de parler de la différence, un récit passionnant.

Extrait choisi

D’instinct, Sandy réduit ses enjambées pour se régler à l’allure de Ma. Cela fait longtemps déjà qu’elle la regarde de haut en bas. C’est une drôle d’enfance que celle qui ne se souvient pas d’avoir été la plus petite.