À son image

De nos vies ou de nos images, quel est le plus éphémère ?

Dès le début du roman, Antonia meurt sur une petite route de Calvi. Elle disparaît de la vie comme un objet disparaît du décor, aussi simple et rapide que d’appuyer sur un bouton d’appareil photo.

Son parrain est son oncle, il est aussi prêtre de profession, et accepte d’officier pour les obsèques de sa nièce. Il y met même tout son coeur, toute la subjectivité qu’il ne devrait pas. Pour elle, il veut quelque chose de très long, de très solennel, et pendant cette interminable cérémonie, durant laquelle les gens suffoquent, à l’étroit dans cette église, il revient sur le parcours d’Antonia.

Comment, lorsqu’elle était petite, il lui a offert son premier appareil photo. Comment c’en est devenu une passion, une obsession. Comment elle captait des moments éphémères, des regards, des mouvements, comment elle a rencontré son premier amour, un certain Pascal B, passionné, engagé, toxique aussi. Le FNLC, le militantisme, la prison, en boucle : Antonia ne tenait plus. Son journal ne voulait pas de ses photos d’art, son patron voulait un plan large, des gens qui posent, contents de se voir dans leur quotidien préféré. Antonia passait à coté de sa vocation. Alors elle a rassemblé ses économies, et est partie sur le terrain, en ex-Yougoslavie, se frotter à la guerre, et à la mort. Car pulsions de vie et de mort ne sont jamais si éloignées l’une de l’autre.

Un très beau roman, une écriture pleine de poésie et de dramaturgie, mélangeant plusieurs thèmes bien accordés, une construction habile du récit, des paysages changeants… un beau roman de cette rentrée, sur notre éphémère liberté.

« Car il n’y avait au fond que deux catégories de photos professionnelles, celles qui n’auraient pas dû exister et celles qui méritaient de disparaître, si bien que l’existence de la photographie était évidemment injustifiable. »