La Partition

« Tu verras, quand tu seras marié, tu te demanderas toujours si l’autre t’aime. »

Au départ, c’est une histoire de lettres. De lettres qu’on s’envoie, ou de lettres d’alphabet. K comme Koula. C’est le prénom de cette jeune femme sur la couverture, inspirant mystère et passion. Elle a quitté la Grèce à 16 ans pour épouser un Suisse. Son jeune mari la trouve nettement moins exotique une fois rentré, il a même honte de son accent, de la façon dont elle roule les R. Alors, quand ils sortent le soir, il la sème dans la ville et retrouve d’autres filles, et elle le cherche en pleurant dans les rues.
Trop jeune et trop belle pour être trahie, elle devient cette femme aux accents dramatiques et à la jalousie maladive. À ce mari malhonnête elle donne pourtant deux fils, entre lesquels elle devra un jour choisir. Elle partira avec le plus faible, celui qui a le plus besoin d’elle, et elle abandonnera l’autre, car elle ne peut pas « tout prendre », elle doit laisser un fils. Elle a 24 ans et la vie devant elle. Elle retournera à sa terre, la Grèce, rencontrera un nouvel amour, plus rassurant. Son fils malade développera un goût immodéré pour le piano, un talent monstre. C’est la musique à la maison, c’est la vie qui bouge, qui chante, qui pleure parfois car la guerre arrive pour tout saboter. Une vie qui ressemble à une partition de Beethoven.

Comme j’ai aimé ce roman. Tel le concerto pur violon et orchestre auquel il fait écho, ce roman a l’envergure, la forme et le fond des grandes œuvres.
Je voudrais vous vanter le style délicat et ses métaphores autant que l’histoire survoltée dont il est au service. C’est une prose à la fois pure et travaillée, infiniment poétique et imagée. Une femme au caractère flamboyant, un destin unique, un roman à ne pas manquer. J’ai vécu une épiphanie littéraire. Merci !