Les envolés, Étienne Kern

Il y a quelques mois, un homme m’a appelée pour me proposer un saut en parachute. J’ai dit oui pour lui faire plaisir et j’ai raccroché. Puis j’ai réfléchi, je l’ai rappelé et j’ai dit non.
Non, je n’ai pas besoin de sensations fortes en ce moment, tout va bien, je ne suis pas un oiseau, je n’ai pas envie de voler. Encore moins de sauter dans le vide.

En commençant ce livre, j’ai vite compris que je partageais la même interrogation que son auteur, Étienne Kern. Que recherchent les envolés ? Ceux qui sautent, d’un avion, d’une tour ou d’une fenêtre ? A quoi pensent-ils, à quoi rêvent-ils, au moment de s’élancer ?

C’est à partir d’une histoire vraie, la chute fatale de Franz Reichelt et son parachute expérimental du haut de la Tour Eiffel, filmée en 1912, que l’auteur a bâti son roman. « Tu étais tout ce qui m’obsède. Le souvenir des corps qui chutent. Cette vérité si troublante : l’expérience du vertige n’est pas la peur de tomber mais le désir de sauter ».

Franz vient de Bohême et s’installe à Paris en tant que tailleur. Il commence le métier auprès d’Antonio, un éternel insatisfait, qui se lance le défi insensé de construire un avion. Son obsession finit par avoir raison de lui et il laisse son épouse veuve à 28 ans, un nouveau-né dans les bras.
En Emma, Franz retrouve le spectre d’une femme qu’il a aimée et perdue. Hélas, il semblerait que l’histoire du premier amour se répète sans fin.
« Les gens que nous aimons, nous ne pouvons rien pour eux ».

Impossible de ne pas être touché par la grâce et la pureté de ce roman, comme la façon de décrire la naissance du sentiment amoureux « Franz sentit remuer en lui des souvenirs mystérieux et apaisants, comme les prières qu’on apprend dans l’enfance et dont, parfois, quelque chose remonte à la mémoire ».
L’émotion y est distillée avec subtilité, et les personnages nous envahissent de leur folie mélancolique. Il n’y a pas un mot en trop, c’est un texte qui interroge notre part de rêve et nous place face au vide de l’existence et à la tentation de l’abîme.
À lire absolument.🪂