Les Polaroïds, Éric Neuhoff

«Maud sort du bar del Porto. Elle a commandé un granité au citron. Son t-shirt est griffé du nº5 de Chanel. Le lendemain elle tombait malade. Un truc au ventre on n’a jamais su au juste. C’est ma dernière photo d’elle. Pour une photo d’adieu elle ne casse rien. Je ne pouvais pas prévoir. De toute façon, il parait qu’au bout d’un certain temps les Polaroïds s’effacent complètement.»

Un homme et une femme. Des plages, des hôtels, des trajets en voiture. Des successions d’instants, des dîners, des verres de vin blanc, des cheveux mouillés. Des femmes: des épouses ou des maîtresses. Maud, Claire, Raphaële.

Ce recueil de nouvelles est un livre d’ambiance, des hors-temps, des vacances, des instants poétiques, des moments éphémères à la saveur particulière, fixant la distance entre l’homme et celle qui l’accompagne. Tous les clichés de ces femmes réunies ici sont des mini portraits jaunis et emprunts de nostalgie. J’ai adoré le talent qu’a l’auteur pour observer, noter et décrire la féminité, tous ces gestes qui dans leur insignifiance disent tout, des mouvements de main à la finesse d’une cheville, aux réflexions acerbes ou étourdies. Ce sont des Polaroïds sur la contemplation des femmes. Je vais rarement au bout des recueils de nouvelles mais celui-ci m’a particulièrement plu. Très beaux textes que je vous recommande.

Et pour mieux vous en imprégner, un autre extrait.

«Emilie nageait le crawl sans faire d’éclaboussures. Elle plongea du cinq mètres. Un crétin applaudit. Ses jambes avaient une jolie teinte ambrée, terre de Sienne, comme il était indiqué sur les tubes de gouache Lefranc & Bourgeois. Elle n’avait pas de serviette. Je lui prêtai la mienne. C’était un début. Elle tordit ses cheveux en les remontant sur le sommet de son crâne, découvrant une nuque sur laquelle était piqué un grain de beauté. Je me promis de l’embrasser un jour exactement à cet endroit.»