Feu 🔥

Non ce n’était pas voulu. On ne nous prévient pas assez des dangers de bookstagram, vous partez pour rédiger une chronique, scénariser le livre en mode photo bougie photophore en forme de coeur et boum vous mettez le feu chez vous. À peine le temps de faire la mise au point que la couverture s’embrasait. Foutu pour foutu j’ai immortalisé l’instant, Tiens mon coeur tu peux tenir ce livre qui brûle, merci. Prions pour que Maria Pourchet et Fayard nous pardonnent d’avoir joué avec le feu et plagié Gainsbourg.
Déjà que le roman est tout corné, vous pourrez crier au blasphème, voire à l’autodafé, alors que je l’ai adorée cette histoire d’amour intemporelle, celle d’un homme solitaire et d’une femme mariée dont le désir les domine et les ravage. J’ai adoré cette femme qui en oublie de dormir et de manger, à ne plus supporter son quotidien son mari ni ses enfants. Et cet amant dramatiquement correct, affolé devant l’amour de sa vie, vaincu avant d’avoir combattu.

Au départ, un déjeuner de travail. Il arrive en retard, elle masque son trouble derrière une légère désinvolture. « Il te regarde sans rien dire, comme étonné. S’ouvre alors un silence où tu pourrais entrer et rester tout l’après-midi à boire du café, poser des questions indécentes, apprendre la peinture sur bois. »

Des passions simples, on en lit des tas, mais ici, c’est l’alternance des points de vue narratifs, notamment celui de l’homme, idéalisé du point de vue féminin mais terriblement impuissant, semant le doute et l’attente derrière de beaux costumes et des messages sans réponse.

Envoûtant, montant en puissance pour une ambiance en crescendo apocalyptique. Le roman d’amour de la rentrée à ne pas rater si vous n’avez pas peur de vous brûler🔥

Toutes les femmes sauf une

Petite déception…

Ce livre exorcise la douleur et la souffrance d’une jeune femme devenue récemment mère. C’est une lettre confession à sa petite Adèle, relatant simultanément son accouchement douloureux et émotionnellement compliqué, ainsi que les réminiscences d’une autre douleur : le manque d’amour et de reconnaissance maternels, l’héritage familial des lignées de femmes avant elle. 

Ce roman démarre fort, et de mon enthousiasme initial, je l’ai terminé perplexe, gênée. 

Outre la condescendance de la narratrice envers des générations de femmes qui ont fait ce qu’elles ont pu, (j’attendais plus de nuances, plus de hauteur), c’est surtout son attitude envers le personnel soignant qui m’a fait honte à lire : l’auteure semble ignorer que les métiers d’infirmière, sage-femme et aide-soignante ne sont pas assez considérés et que la réduction du personnel les oblige à ne pas trainer dans les chambres des patientes, et qu’une clinique privée n’est pas non plus un hôtel. Alors quand la narratrice les appelle par leur couleur « la rose », « la verte » pour les distinguer de leur statut, qu’elle renvoie ses plateaux-repas du revers de la main pour manger ses graines en pleurant, non je suis désolée, la douleur n’excuse pas tout, c’est un privilège d’être nourrie et blanchie pendant quatre jours quand dans d’autres pays des mères économisent des mois pour se payer une bassine et un rasoir stérile qui servira à couper leur cordon elles-mêmes. Alors oui, il y a des moments forts, oui accoucher « c’est se faire rouler dessus », oui la relation compliquée entre la mère et la fille est intéressante, oui ce livre est très prenant, bien écrit, mais j’ai vraiment eu l’impression de tourner en rond. Que la haine et le ressentiment menaient au ressentiment et à la haine. Dans ses précédents romans que j’ai adorés, encensés, Maria Pourchet avait laissé mûrir sa colère pour en faire de l’humour acide, le travail de rétrospection avait oeuvré en sa faveur. Pour moi en tout cas ce n’est pas un beau message d’amour maternel et d’espoir féministe que l’on peut laisser à sa fille mais plutôt une plainte martyr et une purge à chaud, sous le fameux alibi littéraire de briser des tabous.

Je crois, j’ignore où je l’ai pris, qu’une condition élève à jamais : écrire. Les pauvres femmes sont penchées sur les éviers, la terre, les bites, les bassines, les mômes, les poules. Une femme penchée sur un cahier, c’est un homme. C’est un homme et personne ne l’emmerde. Ainsi, depuis trop longtemps pour pouvoir désormais en guérir, je conçois ma vie dans une ahurissante limite qui, presque, m’interdit d’habiter ma propre chair. Mais toi, Adèle, mon enfant de la fin de l’hiver, tu sauras : une femme penchée sur son art, c’est naturel.