L’Archipel du chien

L’archipel du chien est ici, chez nous, chez vous, partout. Ce lieu imaginaire pourrait être une île de Méditerranée, ou bien l’Europe toute entière. En son coeur un volcan, dont les secousses rythment le roman, tel un avertissement. Ses habitants sont des amas de solitudes ou des institutions indétrônables : une vieille, quelques pêcheurs, un docteur, un curé, un instituteur, quelques enfants, un commissaire. Lever du rideau.

Un matin, au début du roman, trois hommes sont retrouvés morts sur le rivage. Plutôt que de mener l’enquête, le maire de l’archipel décide de les cacher, hors de question que son île ait mauvaise réputation, il souhaite y construire un centre thermal. Il défend aux quelques témoins d’en parler, même le curé est dans la confidence. Seul l’instituteur se révolte et entreprend des voyages, pour tenter de comprendre d’où venaient ces trois corps. Quelques jours plus tard, un commissaire alcoolique viendra enquêter et sonner le glas. Chacun des personnages semble avoir une bonne raison d’agir comme il le fait, pourtant chaque comportement est empreint d’une lourde lâcheté.

Jusqu’où un homme peut-il fermer les yeux ? 

Ce nouveau roman de Philippe Claudel reprend le fil rouge de son oeuvre : La migration d’individus, leur reconstruction et leur perte, et puis le déracinement.

Si le dernier recueil de l’an passé, Inhumaines, faisait grincer des dents par son humour archi caustique, L’archipel du chien dénonce mais ne fait plus rire. On est passé au cran supérieur. Non, on ne peut plus rire des hommes que l’on retrouve échoués sur une plage. Non, on ne peut plus rire de la police et de la politique corrompues, on ne peut plus rire des hommes indifférents qui se nourrissent des faits divers ni de ceux qui seront punis pour avoir dénoncé les coupables.

Le message du roman

« La vie n’est qu’une addition terrestre de moments heureux et amers qui, au final, quoiqu’on fasse, compose un bilan nul. »

Très noir et très pessimiste, le message final du roman. Tout le monde ment, aux autres et à soi-même, les hommes disparaissent, les hommes s’ennuient, les hommes sont comme une meute assoiffée de haine et de ressentiment.

« Ovide a écrit que le temps détruit le choses, mais il s’est trompé. Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes.Le temps les regarde faire et défaire. Il coule indifférent, comme la lave a coulé du cratère du Brau un soir de mars, pour napper de noir l’île et en chasser les derniers vivants. »

Le signe astrologique du roman

Bélier ! Un signe de feu pour cette ambiance volcanique, où la terre gronde et les hommes tuent ! Bélier, signe dirigé par Mars, planète des hommes et de la guerre ! Mars est symbole de chaos, d’énergie et d’impulsivité, comme en témoigne l’extrait ci-dessous, dicté par le commissaire de police alcoolique :

« Donnez du feu, du fer et un marteau à un homme, il va en deux temps trois mouvements forger une chaine pour attacher un autre homme qui lui ressemble comme un frère et le tenir en laisse, ou une pointe de lance pour le tuer, plutôt que fabriquer une roue ou un instrument de musique. La roue et la trompette, ça arrive bien plus tard, beaucoup plus tard après la chaîne et la pointe de lance, entre-temps on s’est déjà beaucoup massacré. »

Extraits du romans

« Mais qui s’intéresse à la vérité, monsieur l’Instituteur? Tout le monde s’en fiche, de la vérité ! (…) Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien qui est occupé à le ronger avec délice ? »

« Qu’est-ce que la honte, et combien la ressentirent? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l’humanité ?Ou ne fait-elle que souligner qu’ils s’en sont irréversiblement éloignés ? »