La nuit recomposée, de Jocelyn Lagarrigue

🎭Que faisons-nous et pourquoi le faisons-nous encore ?

Cette phrase est le leitmotiv de ce roman, roman qui est une magnifique surprise, surprise qui ne devrait pas en être une au vu du thème, un comédien en déroute, et l’ambiance : le théâtre.

Rares sont les livres qui nous plongent dans ce milieu, j’ai adoré être une lectrice en coulisses, observant les déambulations de ce narrateur aussi poétique que désespéré, l’artiste par excellence, soumis aux tendances du moment, à l’âge, aux actrices et à sa propre sensibilité.
Je ne m’attendais pas à un texte aussi construit et abouti, nourri d’un grand talent romanesque.

Antoine Lepage a fait une overdose, il est plongé dans le coma. Au lieu de se recentrer sur sa pièce et le personnage de Don Juan, il tombe amoureux de sa partenaire, Alexia. « L’art d’Alexia consiste à faire croire que, naturellement, tout le monde peut, et doit avoir une aventure avec elle, l’actrice dans toute sa splendeur, qui pour survivre dans ce monde d’hommes met en avant son corps de femme ; un attrape mouche, un leurre. »
Mais est-ce de sa faute, à Antoine, s’il mélange la fiction avec la réalité, s’il en a besoin pour nourrir ses démons et son jeu ?
« J’ai quitté la maison, en descendant la pente qui menait à l’artère principale. Je ne pesais plus rien, j’étais plus que léger, un coup de vent aurait pu me déséquilibrer. J’avais tout perdu, c’était l’objectif. »

Ensemble, Antoine et Alexia n’iront pas mieux. Ils s’enfonceront davantage dans la nuit, jusqu’à la folie.

À lire 🎭

jocelynlagarrigue #lanuitrecomposée @quidamediteur

Pourquoi les hommes fuient ? De Erwan Larher

Mais oui bon sang pourquoi les hommes fuient ?! Avant de lire ce livre, j’avais environ 4 pistes de réflexion :

– parce qu’ils s’emmerdent

– parce qu’ils ont faim

– parce qu’ils ont peur

– parce qu’ils sont programmés pour ça

Heureusement pour vous, Erwan Larher s’est penché sur la question un peu plus longtemps. Car déjà, que fuient-ils ces hommes ? Leur femme, leurs enfants, leur crédit maison et l’ensemble de leurs échecs ? Eux-mêmes, ou leur père qu’ils sont en train de devenir ? Est-ce vraiment une fuite ou l’envie d’explorer le monde ?

Jane, la jeune femme de 21 ans et narratrice du roman, est persuadée que son père, parti lorsqu’elle avait 4 ans, était une véritable popstar, un guitariste à groupies. Parce qu’on pourrait presque pardonner à un homme de partir s’il est ROCK’N ROLL ! Mais c’est quoi, au juste, être rock and roll ? Inconstant et volage ? Totalement libre ? Être libre, c’est être égoïste ou c’est être audacieux ? Et une femme qui fuit, c’est rock’N roll?? Pas vraiment n’est-ce pas… Vous l’aurez compris, ce sujet soulève chez moi un questionnement infini.

Jane rencontre un écrivain au début du récit, de trente ans son aîné. Il l’invite à dîner et tout commence par un ennui profond. Et qui dit ennui, dit rétrospection et enquête. Qui était véritablement son père ? Était-ce ce fameux Jo, Jonas ou Johann, dont le récit sème par indices les chapitres de sa carrière et de sa chute ?

Je ne vais rien vous spolier, juste vous dire que j’ai beaucoup aimé. La construction, le rythme, la narration, et toute la batterie de questions qu’il continue de susciter. Au-delà de la philosophie de vie, les personnages sont parfaitement incarnés et modernes. Les chapitres sont parfois durs, souvent lucide-amer, et l’humour revient toujours, mention spéciale pour la repartie de Jane et la description de l’écrivain à mourir de rire dans sa caricature. Beaucoup de choses sont à mourir de rire d’ailleurs, comme souvent avec cet auteur. Ne fuyez pas ce livre…

Elle a envie d’être assise sans casque à l’arrière d’une moto, d’air frais sur son visage, d’y aller quand il est écrit : entrée interdite, de se baigner à poil, de danser au milieu de ces cadavres et de les voir s’animer enfin, sourire.