Sucre noir

Le roman

Chercher un trésor, c’est souvent courir après ses rêves.
Dans ce village des Caraïbes, toute la lignée de la famille Otero recherche le trésor enfoui trois siècles avant, selon la légende d’Henry Morgan, un des pirates les plus respectés des Caraïbes. Lors d’un naufrage, il aurait préféré mourir accroché à son butin que de sauver son équipage.
Serena Otero verra peu à peu son père, puis son mari, et beaucoup d’autres encore, creuser et creuser encore à la recherche du butin.
Serena, elle, ne se débarrassera jamais de l’impression de passer à côté de sa vie. Où peut donc bien se trouver ce qu’il nous manque ?

Mon avis

Un souffle romanesque puissant parfumé au rhum, pour une lecture exotique que je vous recommande chaudement. A l’allure d’un court conte, ce roman se rapproche plus volontiers de l’alchimiste que de pirates des Caraïbes, et je pense qu’il n’y a pas d’âge pour chercher un trésor… Ce livre est à lui seul une petite pépite !

Le signe astrologique du roman

Scorpion, un signe magnétique pour ce trésor que l’on cherche, un signe d’eau également rappelant le naufrage du navire dans la mer des Caraïbes. Le scorpion est le signe qui s’intéresse aux choses cachées, aux secrets enfouis.

Citation et extrait choisi

Si les étoiles étaient en or, je creuserais le ciel.

A cet instant, Severo Bracamonte, nu dans le moulin, au milieu du parfum étourdissant des vieux tonneaux, eut l’impression que cette femmes avait inventé l’amour. (…) Depuis ce jour, pendant dix ans, Severo Bracamonte n’imagina pas qu’il y eût au monde un homme plus enviable que lui et comprit peut-être, dans ses plus téméraires réflexions, que son trésor avait toujours été où son imagination n’avait jamais cherché.

L’auteur

(Source Babelio)

Né à Paris en 1986, professeur de français et écrivain vénézuélien, Miguel Bonnefoy est le fils d’un romancier chilien et d’une diplomate vénézuélienne.
Il a remporté le prix du Jeune Écrivain, en 2013, grâce à une nouvelle intitulée « Icare ».
« Le voyage d’Octavio », paru en 2015 aux éditions Rivages, est son premier roman.
Il s’occupe de la production d’événements culturels pour la mairie de Caracas. Il est également professeur de français à l’Alliance française et organisateur des forums cinématographiques de la Foire du livre, place des Musées.
Ses publications et revues de presse sont disponibles sur son site web : https://miguelbonnefoy.fr

Emprise

Ce qui donnait aux journées de Claire un aspect désespérément falot, c’était de ne plus pouvoir faire toutes ces toutes petites choses qui ponctuent -et ensoleillent- le quotidien. S’arrêter à une terrasse pour boire un café, entrer dans une expo, une galerie, un musée, grignoter sur le pouce en arpentant les bords de la Seine, ou simplement marcher dans la rue en respirant l’air du temps.

Le roman :

EMPRISE est un roman très bien mené et très intelligent. Il démarre comme une lecture de vacances, légère, l’écriture et les dialogues sont simples et efficaces. Entre Bridget et Le diable s’habille en Prada, des trentenaires parisiennes recherchent l’âme soeur sur Happn en buvant des verres en terrasse de leur café préféré. Claire est styliste, Audrey chroniqueuse littéraire, Josie est dans l’immobilier.
Sur ce réseau de rencontre, Claire rencontre Mark, l’homme parfait, dont la mère est riche et célèbre mais dont il refuse l’argent. Très vite, Claire reçoit des mails de plusieurs de ses ex, la prévenant du danger que représente Mark. Pervers narcissique, le mot est lâché. On se dit, ah, un énième roman sur les relations toxiques. Mais le but du roman n’est pas là. De toute façon c’est trop tard, on s’est attachée à Claire, alors on la suit, dans sa relation, idyllique au départ, son Mark absolument doux, prévenant et romantique. Jusqu’à ce qu’elle se marie avec lui au bout de 6 mois et qu’il l’emmène à Riyad, en Arabie Saoudite, pour son travail.
Le piège se referme d’un coup, et Claire se retrouve alors non seulement sous l’emprise de Mark, qui est devenu méchant, brutal et colérique, mais aussi sous l’emprise de la culture du pays, prisonnière du voile et privée de liberté. Ce roman est un reportage, celui d’une femme libre soudain contrainte de se retrouver soumise à un mari absent, volage et difficile dans un pays où « selon la complicité du Coran un homme vaut deux femmes ». Impossible de rentrer et sous cette omniprésente domination masculine, comment fait-on pour s’en sortir?

Mon avis

J’ai été assez bluffée par ce roman, qui au départ, me paraissait simple et dont le style littéraire ne répondait pas à mes aspirations poétiques. Je salue la prise de risques, celle de laisser le lecteur continuer, et de ne pas « tout donner » dès le départ, le laisser là, en terrasse, boire un verre, tranquillement. Prends des forces, lecteur, tu n’es pas au bout de tes surprises. Et nous voilà au milieu du roman, plongés en plein voyage en Arabie Saoudite ! J’ai été vraiment conquise.
Le roman est construit, la dimension romanesque est là, psychologique également, car n’est pas pervers narcissique qui veut, et pour avoir lu de nombreux livres à ce sujet, celui-ci est le premier qui ouvre une porte positive. Et si on n’était pervers narcissique que dans certaines circonstances? Et si les limites des cases dans lesquelles on range les gens étaient plus subtiles que cela?
J’ai adoré voyager en Arabie Saoudite car clairement ce n’est pas un voyage que j’oserais entreprendre dans ma vie de maman. La place de la femme occidentale, mêlée à ses congénères orientales, plongée brutalement dans cette nouvelle culture et ses paradoxes hypocrites, le port de l’abaya, les débats qu’il a suscité dans le roman entre les personnages par exemple, tout cela était extrêmement intéressant..

Le Starbucks de Riyad, Arabie Saoudite, était interdit aux femmes. Les autorités estimaient qu’elles y allaient pour draguer. La fille était sous la garde de son père, voire de son frère, puis, lorsqu’elle se mariait, passait sous l’autorité de son époux. La femme en tant que personne à part entière, la femme-sujet, la femme électron libre n’avait pas sa place dans cette société.

 

Le signe astrologique du roman

Scorpion. Un signe au caractère intense pour un sujet fort. Le scorpion symbolise la transformation des êtres et des sentiments. Mark est magnétique, comme le sont les natifs de ce signe. Il a du pouvoir, il est mystérieux et destructeur, ses actions sont parallèles à ses traumatismes. Poussé par un désir souverain de pouvoir, le scorpion n’hésite pas à utiliser les informations obtenues grâce à son intuition pour manipuler les gens afin d’arriver à ses propres fins : Mark n’hésite pas à demander en mariage Claire, car il sait qu’en Arabie saoudite, seuls les couples mariés peuvent y séjourner.
Mark est également vindicatif : sa rancoeur de ne pouvoir être aussi riche que sa mère l’incite à pousser Claire dans ses retranchements, il n’hésite pas à tout lui faire payer. Le scorpion est un excellent stratège : capable d’hypnotiser les autres pour leur faire faire ce qu’il désire.

L’auteur :

Valérie Gans (wikipédia) : Diplômée d’une maîtrise de finance et d’économie de l’université Paris Dauphine en 1987, Valérie travaille durant dix ans dans la publicité. Ancienne chroniqueuse pour la rubrique Place aux Livres d’LCI, et pour Le Nouvel Economiste, elle est actuellement chroniqueuse depuis 2004, pour la rubrique hebdomadaire livres de Madame Figaro..

À la suite de son expatriation au Moyen Orient, elle se consacre entièrement à l’écriture. Mère de deux adolescentes, elle a pour sujet de prédilection la psychologie familiale, de couple, l’éducation, la transmission, la place des hommes et des femmes dans nos sociétés…

Inhumaines

 

Sinon je viens de tuer ma mère. Ah bon. Pourquoi. Comme ça. Travaux pratiques en quelque sorte. C’est donc cela tout ce sang sur ta chemise. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Bien sûr.

Découvrir Philippe Claudel par ce recueil de nouvelles à l’humour noir charbon, pourquoi pas après tout? Déjanté et monstrueusement drôle…
Dans un futur qui pourrait être le nôtre, nous tuons nos parents, nous nous accouplons comme nous respirons et nous torturons le père Noël. Le narrateur prête sa femme à ses amis, lui offre des hommes pour Noël, et quand elle meurt, il en rachète une autre, la même, parce qu’il a ses habitudes. Avec ses collègues de bureau, Turpain, Durand, ou Dubois, ils découpent des phalanges, revendent Dieu sur le Bon Coin et organisent des suicides, tout ça dans la plus grande consanguinité, leurs enfants assistant à toutes leurs banales cruautés.

Hier un automobiliste nous a fait un doigt. Nous le lui avons coupé.

Tout se passe dans la plus grande indifférence, et c’est là tout le principe du roman. Le ton est neutre ou léger du début à la fin, sur les sujets les plus anxiogènes.
Philippe Claudel aborde les sujets de la cruauté, la vieillesse, la pauvreté ou encore du handicap sans aucune précaution, à la manière de certains humoristes qui parleraient des Juifs et des Belges. Il souligne efficacement l’égoïsme ambiant, le sexe et les meurtres banalisés de notre société. Dans un style quasiment dépourvu de guillemets et de ponctuation, les pires horreurs sont lâchées.

Dans un des chapitres intitulé « les philosophes », ceux ci sont en fait des clochards ramassés dans la rue qu’il ramène chez lui et utilise pour lui faire la conversation et l’aider à comprendre ce qui ne tourne pas rond aujourd’hui. C’est un sans-abri qui lui donne une bribe d’explication sur la nature humaine :

Nous avons inventé l’amour faute de mieux et parce qu’il faut bien faire quelque chose. Nous avons inventé Dieu pour nous sentir moins seuls, parce que nous rêvions d’un maître, puis nous avons fini par le trouver inutile et encombrant, laid, puant.

La nouvelle sur le « suicide assisté » est atrocement brillante.
« Hier soir, Turpon du service expédition nous a invité pour son suicide. »
Une vingtaine d’amis est réunie autour de canapés au saumon (ou au tarama peut-être, ils ne savent pas), et attendent de savoir comment Turpon va se suicider. Ils s’abreuvent de banalités comme s’ils étaient invités à un quelconque vernissage. Turpon rigole et picole, son épouse vérifie que tout le monde ne manque de rien. Et puis soudain Turpon n’a plus envie de se suicider. « Tu ne peux pas nous faire cela » lui dit sa femme. « Tes amis sont venus exprès , tout cela a coûté bonbon, on est là depuis deux heures! Tu es un chieur, petite bite. Couille molle, gland fripé, je te l’avais bien dit. Tu vas gâcher la fête et tu nous ridiculises. »
Jusqu’où peuvent mener la bienséance et les principes ? Je vous laisse le soin d’aller lire la nouvelle…

Mon avis

J’ai dévoré ce livre! Je n’accroche pas toujours avec les nouvelles qui ne me laissent jamais le temps de m’attacher aux personnages mais ici l’auteur signe un pamphlet magistral! Le choc et le trash sont au service de la Vérité et nous ouvrent les yeux sur les dérives potentielles d’une société habituée aux monstruosités. Il ne faut jamais s’habituer au pire, et Claudel est là pour nous le rappeler. Il signe avec ce roman un excellent exercice de style, une satyre actuelle, admirablement bien dosée.

« Drôle d’époque. En vérité peu de choses nous choquent. Que faudrait il pour nous choquer. Je ne sais pas. Que tout le monde s’aime peut être. »

L’auteur

Philippe Claudel, né en Lorraine en 1962, a fait ses études à Nancy, a publié une kyrielle de romans dont certains adaptées au cinéma, comme « Les âmes grises » ou encore « Il y a longtemps que je t’aime ».

Le signe astrologique du roman.

scorpion

Scorpion assurément! Ce roman vitriolé pique et repique là où ça fait mal, et le plus gratuitement possible… tout en nous faisant mourir de rire, à l’image de certains humoristes scorpion : Coluche, Florence Foresti, Nicolas Canteloup…

« Que mange-t-on ce soir. Ta mère. Encore. »