Un jardin en Australie

Quelque part en Australie, Eléna va avoir trois ans et ne parle toujours pas. Sa mère, Valérie, française d’origine, tente d’apprivoiser le langage de sa fille à travers le jardin de leur maison. Ensemble, elles plantent des graines pour que les mots fleurissent enfin.

Ce jardin, c’est le héros du roman, c’est le lieu, la clé, le repère, le point de rendez-vous des existences qui se croisent. Ce jardin parle, il est habité. Car 70 ans auparavant, Ann, l’ancienne propriétaire de la maison, y a consacré sa vie. Cette femme, peu après son mariage avec Justin, au début du XX siècle, est tombée amoureuse de cette terre rouge. Les enfants ne venant pas, elle s’est consacrée entièrement à ces hectares, une passion dévorante qui a pris le dessus sur son couple et son existence. Sur cette terre aride, elle a planté des arbres venus d’ailleurs, des citronniers, des grenadiers, elle a passé ses jours dans les plates-bandes à ratisser et planter encore. Elle consignait tout dans des carnets. Que cherchait-elle à résoudre ?

En parallèle, l’histoire de Valérie se dessine à ses côtés, les deux femmes élèvent un chant à deux voix, une douce mélodie faisant l’éloge de la nature et de l’intimité des femmes. Le jardin est « une chambre à soi », ce lieu neutre et fertile qui nous extrait de notre passé et de nos blessures. Un lieu de recueillement et de réflexion. Il représente aussi le piège, l’émancipation et la liberté personnelle.

Petit à petit, les récits des deux femmes se confondent, elles ont en commun le déracinement familial, un goût pour la solitude et leur amour immense pour leur mari. Elles ont renoncé à la vie étriquée et au destin tout tracé que leurs parents avaient décidé pour elles, elles se sont affranchies de leur milieu pour se concentrer sur l’essentiel. Leur jardin illumine leur vie et apaise leur âme.

L’écriture est superbe et la narration envoûtante. Un roman au souffle nouveau, un superbe voyage en Australie, coupé du monde. Un excellent moment de lecture.

Extrait choisi

Je me souviens des premières semaines de notre mariage, j’avais l’impression d’être enfin sortie de ma vie. Vous passez des années à servir le thé dans le salon de vos parents, rougissante et silencieuse comme il se doit, des années à jouer au tennis avec vos amis en regardant du coin de l’oeil les garçons assis un peu plus loin sur des bancs, puis un jour vous êtes une épouse et vous vous rendez compte que rien ne vous a préparée à cela.

Merci aux éditions Grasset et à Juliette Joste pour l’envoi de ce petit bijou.