Bilan 1er semestre 2018 / Recommandations pour l’été

Je vous le concède, j’ai eu un mal fou à choisir. Les livres sur cette photo sont ceux dont je ne pouvais vraiment pas me passer. Parce qu’ils ont marqué cette première moitié de l’année, parce qu’ils m’ont bouleversée, parce qu’ils ont ouvert des possibilités que je connaissais pas. Ils sont tous habités par la sincérité et la qualité. J’en ai aimé beaucoup d’autres, mais voilà, choisir c’est renoncer.

J’ai fait deux piles, -je n’ai pas de pile préférée- car beaucoup d’entre vous  ne veulent pas forcément connaître les livres qui m’ont fait moi agathe the book le plus vibrer mais quels sont ceux que vous devez acheter pour cet été. Et je vous comprends !

Il y a donc la pile de droite de livres compatibles avec les vacances et l’idée de s’aérer l’esprit sans pour autant être taxés de légers, et la pile de gauche, la pile de ceux qui ne sauraient être appréciés à leur juste valeur entre un mojito et un match de raquettes, ne pouvant souffrir d’une ambiance estivale décompressive. Ils ne sont pas « plus sérieux, moins drôles, moins bien », au contraire, je ne veux simplement pas être de mauvais conseil à cause d’une inadéquation d’ambiance. Ça dépend aussi de votre été, me direz-vous, certains ne partent pas sous une ambiance darladidadada et en profitent justement pour lire des choses plus spécifiques. C’est pour cette raison que je les détaille tous ci-dessous, à vous de vous faire votre idée.

Pour résumer, ceux de la pile de droite pourraient aller à gauche, dans le bilan semestriel des coups de coeur, mais pas l’inverse. (je vous ai perdus).

Voici donc le détail des deux piles, succinctement. ⇒ Ce qu’ils représentent pour moi, pour qui ils s’adressent, et le lien vers la chronique complète.

La pile de gauche : Des magnifiques romans, spécifiques ou chefs d’oeuvres, mais pas forcément « estivaux » 

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En détail :

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Je n’aime pas classer les livres mais si je devais n’en retenir qu’un : ce serait Fugitive parce que reine. C’est pour moi le livre le plus bouleversant de cette moitié 2018, sans doute parce qu’il est auto/biographique.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de famille, les liens mère-fille, les récits testaments.  En savoir + ici.

 

 

fullsizerenderL’autre qu’on adorait, de Catherine Cusset, ayant remporté notre distinction estivale « L’été en Poche des Blogueurs littéraires 2018 », et célébré par Folio le 21 juin, jour de l’été !

Pour qui : ceux qui aiment les portraits d’hommes attachants et dramatiques, de la même manière que Fugitive parce que reine, en version masculine, un livre introspectif, un récit inoubliable. En savoir + ici.

 

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Roman coup de poing, une claque, sorte de conte contemporain entre cette jeune fille qui n’en finit pas de manger et grossir.

Pour qui : ceux qui aiment les romans allégoriques de notre société, servis par une plume magistrale.

En savoir + ici.

 

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L’histoire de cet homme soumis psychologiquement à sa femme raconté par la terrible Claire Castillon est terrifiant, rarement lu un livre qui vous fait autant réfléchir.

Pour qui : ceux qui aiment les relations homme-femme, les livres chocs, qui bouleversent les codes. En savoir + ici.

 

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Eparse ressemble à un recueil de pensées à picorer, grossière erreur, c’est un roman très soigné et construit à lire avec beaucoup d’attention.

Pour qui : ceux qui veulent s’ancrer dans notre époque, jouer avec les mots et les maux de la vie sentimentale.

En savoir +

 

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Une réflexion philosophique sur la place du visage dans notre société, que sommes-nous sans la beauté? Où placer notre âme ?

Pour qui : ceux qui aiment les univers oniriques et complètement déjantés, en quête d’absolu.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4Avec ce roman, ça passe ou ça casse. Certains crient au scandale quand moi je transfère et transpose complètement sur ce récit d’adolescente. Le Goncourt l’a placé dans sa sélection pour l’été. Merci les 68 premières fois pour la découverte !

Pour qui : celles qui veulent se reconnaître dans les relations d’amitié fusionnelle et destructrice. En savoir + ici.

 

imageLu récemment et heureusement, un récit sublime, envoûtant, très fort et indispensable. L’histoire d’un viol d’une petite fille, l’histoire d’une résilience par l’écriture.

Pour qui : pour tous, pour comprendre, pour ressentir, avertir. A lire concentré et au calme.

En savoir + ici.

 

IMG_9992Un court roman sur Orphée parti à la recherche de son Eurydice.

Pour qui : ceux désireux dé découvrir un mix entre mythologie et nuit parisienne. En savoir + ici.

 

 

La pile de droite : Des livres impossibles à lâcher que je vous recommande pour cet été, à emmener en vacances en toute sécurité 

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En détail :

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Vous aviez été très emballés par ma chronique, (gros pic dans mes stats) sûrement aviez-vous ressenti mon engouement terrible pour ce roman. Il possède tous les ingrédients pour que vous le lisiez en deux heures sans vous arrêter.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires romanesques et les histoires d’amour impossibles. En savoir + ici.

 

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Comme le précédent, ceux qui l’ont lu l’ont approuvé. Non ce n’est pas un feel-good mais si le feel-good fait lire alors tant mieux. Comme le précédent, je l’ai dévoré et fini en larmes. Un roman sincère et un message positif.

Pour qui : Ceux qui aiment les parcours de femmes incroyables. En savoir + ici.

 

FullSizeRenderQuand je l’ai lu en hiver je me souviens avoir pensé qu’il était sorti trop tôt et que je le conseillerais volontiers pour cet été. Un roman haletant, sorte de thriller psychologique entre une jeune fille et les membres d’une jeunesse dorée.

Pour qui : ceux qui aiment les récits prenants et qui projettent de partir au bassin d’Arcachon 😉

En savoir + ici 

 

img_2429.jpgUn roman italien d’un souffle volcanique, impétueux. Commencé en larmes, fini en larmes. Le croisement de deux maternités, une accouchant sous X et l’autre n’arrivant pas à tomber enceinte. Superbe !

Pour qui : ceux qui aiment les ambiances réalistes de jeunesses italiennes, les combats de femme.

En savoir + ici.

 

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Tout ce que j’attends de la littérature française : un récit psycho-romanesque, les histoires de familles, des réflexions actuelles, de l’humour, de la sincérité… et surtout de la fraîcheur ! Roman estival mais pas que.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires trans-générationnelles, les secrets de famille, le goût de l’écriture… et Saint tropez !

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-4.jpgSi vous ne connaissez pas encore le talent et l’humour d’Anne Akrich, c’est le moment de succomber! Hilarant, le mot est léger. Son avant-dernier (Il faut se méfier des hommes nus) est sorti en Poche et se déroule à Tahiti…

Pour qui : ceux qui n’ont pas peur de dépasser les tabous et la bienséance autour de la maternité intouchable… Résolument moderne, servi par une plume parfaite. En savoir + ici.

 

Les deux commis d’office

Je pars du principe que je vous en ai déjà beaucoup beaucoup parlé à travers des chroniques dithyrambiques, mais sachez que mes deux grands écrivains chouchou ont sorti un roman dans ce premier semestre et je les ai adorés. Parce que je n’arrive pas à être objective ou peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas besoin de moi je ne les ai pas mis sur la photo car ils ne peuvent pas bouger de mon coeur… (oui c’est mon coté fleur bleue).

Evidemment qu’ils sont à lire !!!!!!

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Entre cellules souches et critique acerbe de notre époque, un roman grinçant et documenté, riche et construit que j’ai dévoré.

Pour qui : ceux qui ne veulent pas mourir.

En savoir + ici.

 

FullSizeRender-5Quand l’art nous sauve, David Foenkinos n’est jamais bien loin.

Pour qui : ceux qui aiment les histoires de vie, subtiles et sublimes.

Si vous aviez loupé la chronique de la groupie elle est ici…

Ta vie ou la mienne : Chronique et Interview

DROIT AU BUT !

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Décidément les livres n’en finissent pas de nous surprendre. Si l’on m’avait dit que je prendrais du plaisir à lire des scènes de football..! Comme quoi, avec beaucoup de passion, tout se transmet, je vais peut-être enfin lire Delerm pour me mettre à aimer la bière…

C’est l’histoire d’Hamed, un jeune homme de banlieue surdoué du ballon. Orphelin mais courageux, il rêve de quitter la violence de Sevran et de s’offrir une vie meilleure. Il se lie d’amitié avec François, dont le père ancien footballeur va tout faire pour l’aider et le faire progresser.

En face, nous avons Léa, issue de la haute bourgeoisie, jeune adolescente étrange souvent prise d’états dépressifs depuis son adolescence. Lorsqu’au lycée son regard croise celui d’Hamed, l’espoir en la vie lui revient. Elle passe son temps de récré à observer ce grand jeune homme musclé au teint mat, jusqu’au jour où elle vient le voir du côté des caïds…

Leur histoire d’amour semble compliquée à Hamed, le choc des cultures et de leur classe sociale n’augurent rien de bon, et à cette liste d’impossibles s’ajoute François, leur meilleur ami commun, amoureux de Léa.

Pourtant leur liaison débute et leur amour flamboie. Repéré par un entraineur, Hamed va intégrer les pros. Un soir, alors que tous deux ont quelque chose à se dire, le drame survient. Case prison, retour à la violence, mais en pire, celle qu’Hamed n’aurait jamais voulu connaitre. Peut-on échapper à son destin ? Qu’est-ce que la liberté ? Rejouera-t-il un jour au foot ?

Une magnifique histoire d’amour entre deux êtres blessés, la princesse et le banlieusard, un drame soumis aux lois du destin et des secrets familiaux.

Mon avis

Une belle surprise que ce premier roman ! Cela faisait longtemps qu’une histoire ne m’avait pas autant absorbée, et quel plaisir de pleurer d’émotion pure !

Lue d’une traite, un grand coup de coeur pour cette histoire ficelée, au ton hyper juste et à l’écriture dénuée de prétention, toute en finesse lorsqu’elle concerne la banlieue. Aucune longueur, le texte est très riche, les thèmes abordés foisonnent, amitié, amour, clivages sociaux, milieu carcéral, judiciaire.. et le foot bien sûr, fil rouge du roman ! Les scènes sur le stade sont décrites avec infiniment d’esthétisme, les descriptions, très succinctes, presque subliminales, détiennent une qualité cinématographique bluffante, on virevolte avec le ballon et dans les pieds d’Hamed !

Les autres détenus s’approchèrent pour assister à cet étrange spectacle. Ce moment de grâce tranchait soudainement avec la laideur qui les entourait, telle une lueur dans un puits d’obscurité. Un être se redressait, bombait le torse, relevait la tête et le regard comme si un horizon se présentait devant lui, et resplendissait à nouveau de toute son humanité. Il dansait, lumineux, la balle entre les pieds. Ses gestes purs et déliés formaient une chorégraphie qui défiait l’entrave. Il s’échappait.

Progressivement, les larmes me sont montées au yeux en découvrant l’inéluctable, le sentiment de gâchis face à cette histoire d’amour intense m’a envahie, ainsi que la force et la noblesse de l’amitié, thème récurrent du roman.

Le milieu carcéral, ici la prison de Fleury-Merogis où a lieu toutes sortes d’exactions est minutieusement décrit, il m’a rappelé le film choc « Felon » où la violence et l’injustice règnent, et je me souviens avoir pensé en le visionnant que ce genre de corruption entre matons et détenus ne peut survenir que dans un autre pays que le nôtre… J’étais bien naïve et certains centres de détention sont pires que la rue. Puisse l’Etat éradiquer un jour cette ultime violence…

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Image tirée du film « Felon »

 

Ta vie ou la mienne est un livre que l’on aurait justement envie de voir adapté au cinéma, pour les différents lieux qu’ils proposent, de la grise banlieue parisienne à la chaleur de Fès où l’amour entre Léa et Hamed exulte, ainsi que pour mettre en scène la multitude de personnages secondaires donnant corps et étoffe au roman.

Le signe astrologique du livre

Sagittaire !

Dans ce roman où la violence règne (signe de FEU), les personnages veulent s’en sortir, sublimer et transcender l’impossible. Ils visent haut, loin de la médiocrité des événements qui les ont blessés. La personne sagittaire sous son air calme et sage, cache un terrible volcan prêt à rentrer en éruption lorsque cela est nécessaire. De nombreux passages sur Hamed m’ont fait penser à cela: il s’efforce de s’éloigner de la violence, de résoudre les problèmes autrement, mais lorsqu’il n’est plus possible de faire et d’agir autrement, il entre dans une fureur incontrôlable.

Idéaliste, ce signe respecte ses valeurs et ses principes : Hamed ne veut pas imposer à Léa une vie qu’elle ne mérite pas, quitte à se faire remarquer par son absence…

Extrait choisi

Ecoute, on ne va pas se mentir : ça ne sert à rien d’essayer tous les deux. Toi aussi tu me plais, t’es la plus jolie fille de ce putain d’endroit, mais ça ne marchera pas. Tu sais pourquoi ? Parce que les jeunes de banlieue, leur vie pue, et tu t’en rendras compte bien assez tôt. Ça pue la merde dans nos cages d’escalier, nos parents puent la sueur quand ils rentrent du boulot, nos salons puent le désodorisant pour chiottes. Moi-même, je pue la défaite. Tu crois qu’être pauvre, c’est quoi? Etre pauvre, ça pue, et ça a un goût, celui du sang dans ma bouche quand mon père me tabassait. Je veux pas te faire pleurer Léa, mais circule, y a rien à voir. Toi et moi, ça pue le malheur.

Quelques questions à l’auteur, Guillaume Para

Guillaume Para a 35 ans. Journaliste politique passionné de football, « Ta vie ou la mienne » est son premier roman.

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Une première question à propos de la genèse de l’histoire : d’où vient-elle ? de vos rencontres, de votre vie, de votre imagination ?

L’histoire vient tout droit de mon imagination. J’ai toutefois l’impression que chaque auteur se sert de son vécu même de façon inconsciente pour écrire un récit (c’est d’ailleurs assez banal à dire). Donc oui, en analysant ce roman je ne peux que constater y avoir mis des éléments de ma vie. Je suis né dans un milieu bourgeois (bourgeois bohème diraient certains) d’une commune de l’Ouest parisien. Dans cette ville, la mixité sociale n’existait pas à part à l’école/collège/lycée. Là, j’ai donc pu pu côtoyer des gens issus de familles d’une bourgeoisie plus « tradi » voire aristocratique mais aussi des gens issus de milieu plus modestes et même pauvres, pour beaucoup descendants d’immigrés. L’avantage pour moi de n’appartenir à aucune communauté identifiée, marquée, à été de pouvoir naviguer entre ces différents milieux. Ces milieux se côtoyaient sans se mélanger, moi je m’efforçais de vivre avec chacun d’eux. Dans mon roman, je les ai fait se rencontrer. Je voulais travailler sur l’aspect souvent binaire de notre société qui est, selon moi, un fait (riches d’un côté et pauvres de l’autre) pour montrer la complexité de cette dualité qui peut paraître simpliste en apparence. Ainsi j’ai voulu parler des violences inhérentes à chaque milieu: elles sont certes différentes mais leur intensité peut être équivalente.

Comment s’est passée la rédaction de ce roman ? Ce livre est-il le résultat d’un rêve de longue date?

J’ai écrit un 1er manuscrit il y a 4 ans. Pour des raisons personnelles j’ai fait une croix dessus mais c’était trop tard, j’avais attrapé le virus de l’écriture. Un an après l’idée m’est venue d’une histoire totalement fictionnelle (enfin presque totalement si j’en crois ma réponse à votre première question !). En janvier 2017, j’ai écrit jour et nuit. Fin mai, Anne Carrière m’appelait 3 jours après avoir reçu le manuscrit. Tout ça pour dire qu’il y a trois ans encore, je ne pensais pas encore devenir auteur un jour et je ne l’ambitionnais pas.

Il est écrit que vous êtes journaliste, féru de football, thème présent dans le roman. Qu’en-est-il des autres sujets? Avez-vous côtoyé les milieux judiciaires, carcéraux ? Connaissez-vous la banlieue, notamment Sevran comme il est question dans le roman ?

J’ai été pendant 12 ans journaliste politique. L’assemblée était mon deuxième bureau. Donc je suis avant tout passionné par les sujets sociétaux, l’économie…bref, le débat publique (après la littérature, le cinéma, la peinture, le foot…oui je sais ça fait beaucoup pour une seule personne!)
Avant d’écrire ce livre, je connaissais les problèmes carcéraux ou ceux des banlieues d’une manière globale (d’un point de vue politique, sociologique assez abstrait). Même si mon imaginaire, mes émotions, ma sincérité ont le dessus lorsque j’écris, ma « nature journalistique » m’a poussé à me renseigner le plus possible avant d’écrire sur ces sujets. Je devais inventer une histoire mais il est essentiel pour moi de me baser sur des faits. Je me suis donc énormément documenté et, concernant les banlieues, je suis allé à Sevran, voir comment c’était. J’ai vu.

Et le milieu bourgeois, son hypocrisie, c’était un thème important pour vous ?

D’autres de mes meilleurs amis sont issus de familles très traditionnelles, aristo. Au sein de ces familles, la violence est sourde mais très présente, sous des formes parfois insoutenables. Mauriac (dont je suis fan) ou Yves Navarre (avez-vous lu son chef-d’œuvre « le jardin d’acclimatation »?) ne s’y trompaient pas. Permettez moi d’insister sur ce point: selon moi, chaque communauté, chaque milieu à ses propres violences, ses hypocrisies. C’est d’ailleurs ce que je voulais traduire dans ce livre. Si le journalisme, à travers, l’étude des faits, m’a appris une chose c’est qu’il n’y a pas une seule réalité mais que celle-ci a des nuances de gris. C’est ce que je voudrais faire ressortir dans ma littérature désormais.

Question propre au roman qui intéressera ceux qui l’ont lu ; Pourquoi Léa attend-elle de faire sa révélation à Hamed pour juste après, la même soirée, se charger de se venger elle-même ?

Lorsque Léa avoue son secret à Hamed, elle ne s’attendait pas à ce que cela engendrerait, la déflagration que cela provoquerait. A ce moment, elle se libère d’un poids, accomplit un grand geste de sincérité essentiel envers Hamed pour qu’ils puissent vivre leur amour et accueillir ensemble cet être qu’elle attend. Ayant fait cet aveu, Léa se rend malheureusement compte que la violence de son traumatisme condamne la possibilité d’une vie douce et apaisée avec Hamed. Elle sait lire en lui et comprend que le pire des origines de Boutaleb, tout ce qu’il cherche à fuir (le réflexe de la violence physique mais surtout la loi du talion) le rattrapent. Elle veut alors commettre cet acte elle-même, mais elle agit de manière inconsciente, c’est ce que j’ai voulu faire ressortir dans le roman.

Pensez-vous comme Hamed au cours du récit, que le destin nous rattrape toujours ?

Je pense qu’on peut y échapper bien sur et c’est même l’une des plus belles choses de la vie. Nous ne sommes pas prédestinés et nous pouvons devenir ce que nous voulons être pour certains. Et c’est ce « pour certains » qui a son importance. Hamed est rattrapé par trop d’événements qui le ramènent aux pires de ses racines. Celles-ci le guident malgré lui. Bien d’autres gens s’en échappent, c’est dur mais la vie serait intenable sinon. Mais nos racines pèsent lourd, quelque que soit nos origines sociales, religieuses, matérielles et surtout quelque soit nos héritages de souffrances, de blessures, de non-dits… Je voulais livrer un conte urbain, moderne et même si cela déplaît à pas mal de monde (même à certains qui ont adoré le livre) il n’y a jamais eu dans ma tête la possibilité d’une issue heureuse pour Boutaleb, pas à un seul moment.

Vous êtes en train d’écrire votre deuxième roman : que représente l’écriture dans votre vie ? Est-elle devenue aussi (voire plus) importante que le journalisme ?

L’écriture est désormais au-dessus de tout… sauf de mon histoire d’amour et de ma fille! Je ne sais pas où ça me mènera mais c’est trop tard désormais. Sinon je lis toujours et encore, comme vous. Quelle chance nous avons d’avoir cette passion !

Merci Guillaume Para pour la précision de vos réponses et cet approfondissement de la lecture. Encore bravo et longue vie à votre carrière d’écrivain !