La beauté des jours

 

Jeanne a quarante-cinq ans, est mariée avec Rémy, ils ont deux filles. Jeanne est un femme d’habitudes, elle aime les abeilles, le chat, regarder les trains passer, et la beauté des jours.
Elle est soudainement fascinée par une artiste serbe, Marina Abramovic, dont l’oeuvre est d’étudier et repousser les frontières du potentiel physique et mental à travers ses performances. Jeanne cherche alors à modifier le cours de ses journées par des petites choses, jusqu’à ce qu’elle décide de suivre un homme dans le rue.
Cette rencontre va bouleverser ses certitudes et son quotidien, sans révolte, juste en éveillant en elle l’amour infini de la vie.

Mon avis

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Claudie Gallay est cette alchimiste qui transforme des petits riens en or afin de nous interroger sur le quotidien. Dans ses romans, il ne se passe jamais grand-chose, souvent ils sont un ensemble de perceptions, de tableaux de la vie ordinaire, brute, réaliste.
De Claudie Gallay je connais les Déferlantes et Seule Venise, et ce nouveau roman n’a pas leur puissance. L’écriture m’a parue plus pauvre, le style encore plus dépouillé que ses précédents livres. Il est probable que ce soit volontaire, afin de retranscrire l’ambiance à la campagne et les « expressions des gens de terre » comme elles les appelle, mais personnellement j’ai été un peu lassée, la magie n’a pas opérée cette fois-ci pour moi, peut-être l’ambiance trop « campagne », la mère, le père, les vaches, « la M’mé »… le niveau des dialogues tombait parfois très bas, comme lorsque Jeanne glisse à sa nièce Zoé :
« Tu fais chier Zoé ! »
Moue d’étonnement chez moi…

Il n’en reste pas moins que c’est un très beau roman autour du sens de la vie, de la force de l’Art, mais je le déconseille à tous ceux qui aiment les rebondissements, pour info, il y en a deux, à partir de la page 320;)

Toutefois ce n’était pas les rebondissements que je cherchais mais malgré l’écriture à fleur de peau, ce roman me laisse une impression de déjà vu, un mélange d’Amelie Poulain dans l’Amour est dans le pré.

Extraits

Entre la naissance et la mort, le temps de vie est dérisoire, mais le dérisoire n’empêche pas d’être heureux.

La fin des choses est toujours contenue dans leur début.

Le signe astrologique du roman

Taureau.

Un signe fixe et de terre pour ce roman qui sent le foin et la réalité de la campagne, la traite des vaches, l’aube, les habitudes, le train de 18h01.
Le taureau est également un signe de polarité négative, tourné parfois vers la mélancolie et la contemplation. Jeanne est ainsi, un brin romantique malgré son emploi à la Poste, tournée vers l’Art comme ce signe vénusien, elle contient une certaine rêverie sans toutefois aller au bout de ses lubies.

Ma mère, cette inconnue

J’ai retrouvé Philippe Labro dont j’affectionne beaucoup le style avec ce roman très émouvant. Biographique, il retrace le parcours de la femme de sa vie : sa mère, décédée il y a quelques années à l’âge de 99 ans. Tant qu’elle était en vie il lui était impossible d’écrire sur elle, tout en sachant qu’il finirait par le faire et que la tâche serait ô combien délicate.
Sa mission semble réussie, car depuis quelques jours, l’histoire de Netouchka ne finit pas de me hanter. Même si le portrait qu’il fait d’elle est subjectivé par son amour éternel de petit garçon, il parvient à nous faire ressentir toute la complexité de son personnage. J’ai adoré le caractère de cette Netka, sa force d’avancer, son optimisme, son courage, sa mélancolie aussi.
D’origine polonaise, née de père inconnu comme sa mère et sa grand-mère avant elle, Netouchka dite Netka est abandonnée dès la naissance par sa mère, qui la confie elle et son frère Henri à une nourrice à Genève. Elle revient neuf ans plus tard pour les arracher de la pension et les placer à Versailles en les abandonnant à nouveau. Plus tard, elle annonce à la nourrice qu’elle ne peut plus payer la pension, « Faites ce que vous voulez des enfants. » Survit-on à pareil abandon?
Heureusement, Netka et Henri sont deux enfants adorables et brillants, leur « marraine »  décide de les garder à la pension et de s’en occuper.
De l’abandon maternel, Netka n’en parlera jamais aux siens. Elle taira son passé, ne parlera jamais d’elle, vivra pour les siens et sa descendance. L’auteur devra mener un travail de fourmi pour récupérer et glaner quelques informations.
Petite elle en tire le meilleur, elle sublime sa douleur en poésie. Elle gagne un prix, elle entreprend des études de philosophie, elle rêve de gloire. Et puis, contrainte de travailler, le destin en décide autrement. Elle se mariera avec Jean Labro, de vingt ans son aîné, ils entreront dans la Grande Histoire en cachant des Juifs dans leur villa. De leur grand amour naîtront quatre garçons. Netka passera sa vie à leur donner tout l’amour qu’elle n’a jamais reçu, en renonçant à son talent et son envie d’écrire, mais sans oublier de transmettre cette vocation à son fils Philippe, peut-être pour qu’il termine l’histoire…

Le signe astrologique de ce roman

Taureau. Netka possède toute l’ambivalence de ce signe de terre féminin, dit « négatif ». (Un signe négatif est en principe introverti, soumis et accommodant, porté vers la conservation).
En effet, tout comme Netka, la femme taureau est forte, intelligente, réfléchie, appliquée à l’école, sombrant parfois dans une certaine mélancolie intérieure, ce qui l’amène malgré elle à des périodes de rétrospection quand elle est seule, mais désireuse de rester agréable et magnétique en public, comme Vénus, sa planète maitresse, lui impose.
D’autre part, Netka est épanouie dans la « création », création de poèmes, de récits, conception de ses enfants, le taureau est le signe symbolisant la fertilité. Elle est heureuse dans la stabilité de son foyer, préfère habiter une maison à Montauban que rester dans l’effervescence de la capitale. Elle privilégie le confort de ses proches aux incertitudes.

L’auteur

Philippe Labro, né à Montauban le 27 août 1936, est un journaliste français, écrivain, réalisateur, homme de médias, et auteur de chansons. Il est l’auteur de « Tomber sept fois, se relever huit. »

Extrait choisi

Voilà, j’avais rêvé de gloire et de bonheur.

Ainsi j’avais rêvé que mon oeuvre future,
Me donnerait le nom que je n’ai pas reçu,
Et j’avais espéré que l’injuste nature,
Saurait que j’étais plus qu’elle n’avait conçu.

Mais tout cela n’était que pâle illusion.