Toute la famille ensemble, Xavier de Moulins

« Rien n’est grave. Rien n’est jamais grave, mon chéri. Sauf la mort d’un enfant. »
Les ruptures et les deuils n’y changeront rien, chaque année, ils se réuniront pour fêter Pâques. Le grand-père arrivera en retard et la grand-mère, Paprika, aura préalablement bu beaucoup de whisky pour calmer ses tremblements et oublier que son mari l’a quittée pour une femme de 30 ans de moins. Les enfants organiseront la chasse aux oeufs pendant que les adultes découperont l’agneau pascal.

Max est venu sans Jeanne cette année. Elle travaille, répète-t-il, avant d’avaler un Xanax. Lui ne travaille plus. Il a perdu son job, sa femme, mais il n’a pas la force de leur annoncer. Les autres convives ne vont pas mieux. Son frère cache un triste secret sous une logorrhée agaçante. Personne ne semble à sa place autour de cette table. Mais Paprika y tient, quoiqu’il arrive, ils se réuniront en avril, même malades ou tristes. Elle livre à ses fils une superbe leçon de diplomatie et d’amour, au nom de la famille.
« Je remercie votre père pour tout ce qu’il m’a donné et apporté. Et je lui souhaite d’être heureux. Quand on aime quelqu’un, la moindre des choses est de le laisser partir avec élégance quand il choisit de se retirer. Personne n’appartient à personne, mes enfants. »
Max ne se doutait pas alors qu’il reprendrait ces mots plus tard à son compte, pour tenter de calmer sa peine face au départ de Jeanne.

Ce texte est saisissant et ses personnages m’ont émue. Je rêverais que la vraie vie soit un déjeuner chez Paprika, si seulement nous pouvions partager nos chocolats avec tous les gens que l’on a aimés et qui nous ont pardonnés.

« Les gens confondent trop souvent rupture et séparation. Rompre prend dix secondes, se séparer peut prendre une vie. »