Une Mère Modèle

Dans la catégorie « Meilleure interprétation psychologique féminine de l’année » je nomine Pierre Linhart!
Un coup de cœur pour ce portrait de mère dévorante, un texte riche de thématiques et de dialogues tous plus fins les uns que les autres.
Florence vit à Paris avec son fils, son mari William ayant obtenu un poste prestigieux à New York. Tiraillée entre être une mauvaise mère, mauvaise épouse, mauvaise musicienne, Florence se remet en question et à fumer.
Quand Moussa, un jeune ami de son fils Joachim vient goûter les soirs chez elle après l’école, elle décide d’être avec lui ce qu’elle n’a jamais été avec quiconque. Moussa incarne le frère que Joachim n’a jamais eu, le petit garçon musicien que Joachim n’a jamais voulu être, ou encore la soeur que Florence a perdue. On entre alors dans les dédales de son errance psychique et c’est très percutant. Un excellent premier roman, très contemporain, drôle et sensible, sur la place de la mère et son épanouissement dans la famille.  À lire et à faire lire à vos hommes…

Le signe astrologique du roman

Balance. La balance est la reine des relations humaines, rien ne la fascine autant que trouver le juste équilibre entre deux personnes. Elle dissèque le moindre sentiment. Elle rêve d’harmonie et pourtant, elle est souvent prise entre deux eaux, pouvant mettre des années avant d’imposer ses opinions. C’est exactement ce qui arrive à Florence.

D’autre part, la Balance est le signe musical et lyrique par excellence. Elle ne cherche pas forcément à se mettre en avant, et l’héroïne du roman, musicienne, fait partie de l’orchestre sans jamais participer aux spectacles. Elle est fine, solaire, amoureuse et très drôle, comme toute bonne vénusienne qui se respecte.

Exrait choisi

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Une immense sensation de calme

Êtes-vous « nature writing »?

Je vais être très franche. J’étais bourrée de résistances, de verrous. C’était presque un rejet. Quoi ? Un conte dans une forêt gelée ? Des scènes de pêche, un grizzli, des yourtes… mmmm génial, où est la corde que je me pende tout de suite ?
Entrer dans ce roman c’était pour moi faire l’expérience de l’inconnu. Pour ceux qui me connaissent, le taureau en moi n’aime pas trop ça, et encore moins le froid et les forêts désertes. Alors même si pendant les cinquante premières pages j’ai cherché une taverne hospitalière qui me servît un bon bourgogne et une planche de charcuterie, la suite de ce roman sublime a été une parfaite initiation à ce genre. Un vocabulaire riche et rare est au service d’une plume précieuse.

Bien sûr j’ai dû lire lentement les premiers chapitres. Apprivoiser les personnages très hormonaux, instinctifs. Lorsque j’ai découvert Igor, j’étais quelque peu décontenancée, comme la narratrice, sûrement un peu amoureuse aussi. J’ai dû reposer le livre quand je ne comprenais plus son attitude, lorsque je me sentais trop éloignée de l’ambiance et des champs lexicaux. Quand je l’ai rouvert le lendemain, c’était comme sortir après l’orage, j’ai retrouvé mes marques car j’avais pris confiance et trouvé du confort dans le récit. J’ai alors appris sans peine le nom des plantes et des outils, j’ai marché des jours entiers et supporté le froid, j’ai écouté les contes et les légendes de la vieille Grisha.
Jusqu’à ce que je me retrouve complètement envoûtée, l’auteure avait réussi à me plonger dans l’ambiance et le calme, mon cœur comme le wifi était déconnecté, j’avais dévoré goulûment le livre sans m’en apercevoir. Je vous l’avoue, Igor me manque un peu.

Ce roman rend hommage à la nature aride et froide contre laquelle l’homme ne peut rien, celle qui nous engloutit en une bouchée, en un rhume, en un coup de fusil. Malgré nos désirs, nos pulsions, notre travail, nous restons éternellement sous son joug.

A lire si vous voulez prendre l’air sans sortir de chez vous et faire l’expérience de l’absolu. Une belle lecture, soignée, littéraire et atypique.

Les jours se répétaient, les gestes aussi. Mais le soleil levait chaque matin son rideau sur une nature différente. La lumière ruisselait dans les branches cristallisées par la glace. Les myriades de teintes allaient du rose au bleu pâle, projetant des flasques colorées sur la surface du lac en banquise. L’hiver révélait des grâces de jeune fille. Le ramage des branches, prisonnières de leur robe de cristal, devenait dentelle, piquetée par endroits de boutons vernis là où les corneilles arrêtaient leur vol. On crissait à chaque pas et c’était délicat, un froissement de tissus précieux.

Le signe astrologique du roman

Capricorne ! Un signe froid dur et endurant pour ce lieu aride et terrestre. Les hommes sont des taiseux, des grands gaillards qui travaillent et ne se plaignent pas. C’est la caractéristique du capricorne, il est dans l’effort constant, la responsabilité et le devoir.

Mais le capricorne n’est pas que froid et sinistre, il cache en lui une espèce de bouc sensuel et instinctif, facette de lui -même qu’il ne montre qu’à très peu de monde et surtout la nuit… L’extrait ci-dessous l’illustre parfaitement.

Là, il plaque sa bouche contre la mienne et boit mon essoufflement. Il explore mon corps aussi sûrement qu’il a parcouru la paroi et découvre des chemins que j’ignore. Sous ses mains je deviens argile, mica, rivière et palpitation. Il s’accroche à mes cheveux comme on s’agrippe à un buisson, respire mon cou comme on giboie. Notre souffle a des sons de houle. Je suis jeune mais pour la première fois je me sens entière et ma chair comprend qu’elle est chair de femme. Enfin mon corps s’apaise.

L’auteur

Laurine Roux

Née en 1978, Laurine Roux est une professeur de lettres modernes et auteur française.
Elle écrit des nouvelles et a reçu en 2012, le Prix International George Sand. Elle publie dans des revues, notamment «L’Encrier renversé» et la «Revue Métèque» et tient un blog du nom de « Pattes de mouche et autres saletés ».
Lectrice de Giono, de Cendrars (dont elle fit l’objet de ses études universitaires) ou de Sylvie Germain, elle s’inspire de ses voyages dans le Grand Est glacial pour écrire ses premiers romans marqués, sauvages, organiques, non exempt de lyrisme ni de poésie.
Source : http://www.marcvillemain.com/

Planète Porn

Pour scénariser cette photo j’ai d’abord sorti toute ma collection de sex-toys et puis je me suis dit que j’allais me faire signaler.
Non je blague… Je voulais juste capter votre attention sur un sujet qui me tient très à cœur depuis des années, depuis que j’ai découvert l’existence de Youporn, année 2007 je crois, comme l’auteure de ce remarquable essai.
Des livres sur le monde du porno il n’en manque pas, mais l’angle choisi ici rejoint mon questionnement depuis toujours :

A quoi mène cette banalisation du porno ?

Il est encore honteux et tabou (surtout pour les femmes) d’avouer aller sur les sites X, mais jusqu’à quand? Faut-il vraiment le banaliser ? Militer contre le porno vous fera passer pour une frigide /obsédée refoulée/ mal baisée tellement le sujet est complexe et l’industrie du X intouchable.

J’ai longtemps été incapable de verbaliser concrètement ce qui me gênait, non pas l’existence du porno en lui même, ni même ses catégories, je suis tout à fait ravie qu’il existe, c’est un terrain infini de fantasmes et de projections inconscientes pour les adultes demandeurs et avertis.

Mes deux craintes principales étant liées :

  • Au désir et à la libido : à quel degré le porno tue-t-il l’excitation, jusqu’à devenir addictif ?  Certains ne pourraient plus jouir autrement que devant leur écran, le réflexe libidinal s’étant adapté. On traite toutes les addictions, la drogue, la clope, l’alcool, mais le porno à haute dose, comment se traite-t-il? Seulement vingt personnes par an consultent pour s’en faire soigner, les autres vivent avec et certains en deviennent fous, s’isolent et se désinsèrent socialement, comme toute addiction.  Le porno est-il nocif ? « Trop de porno tue le désir » devrait-on mentionner en gros sur les vidéos, avec l’image d’un mec au sexe mou et à une nana en pleurs, comme sur les paquets de clope. Car comment fait-on pour vivre sans désir ? C’est le désir qui gouverne tout, nos ambitions, nos projets, le désir est le moteur principal de la vie.  Le monde entier ferme les yeux. Pendant ce temps-là nous laissons nos enfants taper « sexe » sur Google et surfer en toute impunité entre les catégories deep throat, dp, doggie style et j’en passe. Arrive donc ma deuxième grande préoccupation :

 

  • L’éducation sexuelle de mes enfants. Comment expliquer à mes filles que le porno n’est pas la réalité, comment faire comprendre à un garçon, que ce n’est pas forcément ça, un coït réussi, une taille de sexe normale. En fait, dans la vie tout est matière à transposer, je suis bien triste que mes filles découvrent le sexe autrement que comme je l’ai découvert. Sur ce sujet il ne peut y avoir aucune transmission. Leurs premiers émois seront différents des miens. Il y a eu une véritable rupture entre nos deux générations. Je me sens donc incapable de conseiller mes filles et guider leur sexualité. Ma génération est née sans internet et sans porno, elle a dû apprendre à composer, à s’adapter. J’essaie de comprendre comment la nouvelle appréhende le sexe, comment des images parfois d’une violence inouïe peuvent guider leur désir sans l’inhiber.
    Il est trop tard pour légiférer, pour limiter l’accès, si facile, si rapide, car financièrement le porno régente Google et les plus grandes entreprises. Passé cette considération déprimante, l’espoir revient, avec l’idée que le désir triomphe toujours, mais autrement.

Si tout doit passer par la pornographie, espérons qu’elle stimule correctement les consciences. Que les images soient belles et réalistes, que la vision de l’orgasme ne soit plus essentiellement machiste. Prions pour que la pornographie stimule les couples en panne, redonne du peps dans la tendresse, quitte à regarder des films pornos à deux —le tout étant de savoir s’entendre sur les catégories.
Visiblement, et c’est assez rassurant, la tendance est au naturel d’après l’enquête de Marie Maurisse. La catégorie la plus prisée est la catégorie amateur, les gens prisent énormément cette proximité avec des gens « comme tout le monde », croiser dans la rue une fille au physique « normal » qui a soudain très envie de coucher avec vous, les internautes en raffolent.

Marie Meurisse, journaliste pour Le Monde, a enquêté pendant plusieurs années sur l’histoire et la conséquence de l’accès au porno. Elle a voyagé et interviewé des acteurs, des professeurs, des amateurs de porno. Elle a recueilli des données inédites, des statistiques, et nous les livre dans ce remarquable essai. « Youporn c’est le centre du monde » lui scande un acteur porno devenu réalisateur.

En France une fille majeure gagne minimum 150 euros pour une scène amateur d’une demie heure, deux fois plus en Hongrie, et 1000 dollars en Californie pour une scène en studio. La plupart des acteurs prennent du viagra ou se piquent dans l’aine avec des substances dangereuses. En fait, l’envers du décor et les tournages en eux mêmes ne sont ni beaux ni excitants, d’après la journaliste qui a assisté à l’un d’entre eux. Les actrices sont tristes, et les acteurs consternants.

Puis Marie Maurisse s’intéresse à Mindgeek, cet empire intouchable et impénétrable. Elle enquête sur son fondateur Fabian Thylmann et l’arrivée au sommet de ce géant, sa façon de diriger le monde du X, les fortunes qu’il génère, la pauvreté qu’il engendre. Elle dit quelque chose de très juste, Mindgeek est en tout point comparable à Amazon par ex, un géant qui mange tout, arrive chez vous à la vitesse de l’éclair et appauvrit les petits producteurs.
Elle confirme aussi que d’après les médias, tout le monde s’accorde pour dire que l’addiction au porno est devenu le mal du siècle. La porno dépendance est omniprésente. Dans le dernier chapitre, vous découvrirez la position d’Emmanuel Macron sur le sujet…
Je ne vais pas tout vous spolier, le livre de Marie Maurisse regorge de faits, chiffres, et interviews passionnantes sur ce sujet pas assez défriché.
Lisez le vite !

Juliette à Saint-Tropez

Si un jour j’ai un petit-fils, j’aimerais qu’il soit Valentin Spitz ! Quel hommage sublime à celle qui fut autant admirée que critiquée ! En la racontant, l’auteur délivre sa famille.

Lisez Juliette à Saint-Tropez, maintenant ou cet été, c’est  un grand coup de coeur.

Juliette s’appelle Nicole. Elle a changé de mari, de ville et de couleur de cheveux. Juliette a créé des entreprises, eu cinq enfants, deux époux, conduisait une Ferrari, se levait avant l’aube pour promener ses chiens puis dirigeait le monde.

Juliette était une femme superbe, Juliette vivait comme un homme car elle n’avait pas le choix.

C’est son petit-fils Lucas, sorte double de l’auteur, qui la raconte dans un récit mêlant les années 50 aux années 2000. D’une plume moderne et sincère, il entreprend de résoudre l’énigme familiale, l’absence d’hommes et de communication dans la famille. 

« Je ne sais pas si cette femme-là a été heureuse. Moi, cette femme-là, je ne l’ai pas connue. Je n’ai connu qu’elle. »

A travers une série de rencontres, il enregistre et questionne sa grand-mère. Mais mamie, mon grand-père Georges, qu’est-il devenu ? Oh, aucun intérêt celui-ci, balaie-t-elle. Le narrateur commence alors une enquête parallèle, retrouver l’homme disparu, la figure masculine, pour peut-être conjurer le sort. Se mêle à cette enquête des récits sur sa propre vie d’écrivain ainsi que des témoignages de sa mère et de ses tantes. Pour comprendre, mais déjà pour savoir.

En fait, c’est toute la relation de Nicole avec les hommes qui était catastrophique, entre son propre père décédé d’une attaque lorsqu’elle était petite, ses deux maris violents ou pervers, les petits amis de sa fille qu’elle prend pour amants… sans parler de son petit dernier, le divin enfant, l’enfant-roi, adoré et couvé.

En refermant le livre, on ne sait plus quoi penser : soit les hommes sont tous les mêmes, soit Nicole les a choisis pour leurs névroses, soit elles les a rendus fous !

Ce récit livre une réflexion très intéressante sur l’écriture : quelles sont les difficultés d’écrire sur soi, sur la famille ? Qu’est-ce qu’être un écrivain aujourd’hui ? Quel avenir pour la littérature française ? Pour en parler, le narrateur dresse le portrait d’une éditrice féroce mais aimante, gourou et maternelle à la fois, une sorte de double caricatural de Nicole dans sa façon de gouverner et ses chiwawas étant à chaque fois plus nombreux, comme les enfants que Nicole a eus, sorte de contre-transfert du psychanalyste-écrivain vers son éditrice… Sans doute une façon de la remercier !!

Cependant le narrateur tient avant tout la place du poète. 

Tout se passe comme si le petit-fils spectateur relatait docilement les faits racontés par sa grand-mère jusqu’à ce que celle-ci disparaisse : alors l’écrivain arrache la plume du petit-fils et part en vrille, libéré, mêlant fiction futuriste à l’autofiction initiale, semant le trouble chez le lecteur. Dans la dernière partie du roman, j’ai retrouvé l’ambiance névrotique de son premier roman « Et toujours ce sera l’été » absente jusqu’à alors.

De fait, l’écrivain ne veut pas lâcher sa grand-mère disparue, il ne peut mettre le point final à son récit : ce serait abandonner sa famille et son enquête. Il ne veut pas renoncer et il a sans doute raison, car Juliette est éternelle.

Sublime portrait d’une époque exaltante mais compliquée pour les femmes. N’était pas Bardot qui voulait, et pour revendiquer son féminisme et obtenir un compte courant à la banque, il fallait non seulement être belle mais rusée.

Le signe astrologique du roman

Bélier ! 

Nicole/Juliette incarne merveilleusement bien le premier signe de feu du Zodiaque. Fougueuse, conquérante et « virile » (signe dirigé par Mars), cette femme aime répéter qu’elle n’est jamais fatiguée. J’ai relevé cette façon qu’elle a d’aimer les matins, l’aube, lorsqu’elle dit à son petit-fils « Mais enfin, comment peut-on être déprimé le matin, il y a tout à faire le matin, tout à conquérir! ». Dans le zodiaque, l’aube est ainsi représentée par le bélier puisqu’il est le premier signe.

D’autre part, la curiosité et la facilité de diriger sont les qualités inhérentes au bélier, vouloir aller toujours plus loin, s’épanouir dans des repas d’affaires, Nicole s’est vite rendue compte « être faite pour cela ».

Dans son rapport aux hommes, la femme bélier a de grandes difficultés, puisqu’elle doit trouver quelqu’un de plus « fort » et plus « masculin » qu’elle, au risque que leurs rapports deviennent conflictuels et compétitifs… Elle doit donc inverser la tendance, et trouver des hommes complémentaires, doux, féminins… et possédant alors une tendance à l’alcoolisme et à la luxure… (je serais curieuse de connaitre les signes astros de Georges et de Jacques! ) 

L’auteur

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Valentin Spitz est écrivain et psychanalyste. Il est l’auteur de « Et pour toujours ce sera l’été » et deux biographies politiques.

Citations du roman

Elle n’en peut plus. C’est si lourd. Si violent. La liberté.

Les hommes fuient, c’est là leur nature profonde. Et il n’y a rien de pire que ce que l’on ne pourra jamais savoir.

Libérée des hommes, elle a parfois le sentiment étrange d’être devenue sa propre prisonnière.

La première chose à faire quand on est écrivain, c’est de comprendre ce que sont l’amour et la mort.

Casse-gueule

Une des questions essentielles à se poser en littérature est : A quoi reconnait-on un véritable écrivain ? 

A son concept: unique, identifiable, inimitable. Clarisse Gorokhoff, c’est un univers singulier et complètement perché, car à quoi sert la littérature si ce n’est se percher quelque part, s’affranchir des codes, du réalisme, de la bienséance ? Clarisse, c’est une voix nouvelle, un souffle sensuel et déjanté.

Après « De la bombe », aujourd’hui sort en librairie « casse-gueule », et son deuxième roman confirme le premier. Talent absolu, plume extra-terrestre, littérature noble et élégante.

A prime abord, on ne devine pas tout ça chez Clarisse, derrière ses airs de statue grecque, son minois lisse et symétrique, ses yeux de chat, on ne perçoit pas le volcan. Le thème récurrent de son oeuvre ? Le chaos, le néant, les visages… C’est destructeur, c’est cruel et plutonien.

Voilà ! Vous avez le signe astrologique de son roman, Scorpion.

« Que veux-tu? crie Ava. Qu’es-tu prête à sacrifier pour l’obtenir ? hurle-t-elle encore plus fort. Elle peut, il n’y a personne autour d’eux, ni dans le salon, ni dans la rue, ni dans la ville ou l’univers. On est seul au monde quand on ferme les yeux et qu’on pense à jouir. Tout, murmure Ava, je pourrais tout sacrifier. (…) Je sacrifierais tout pour me sentir vivante. »

Vous, lecteur, par pragmatisme, allez peut-être tiquer sur cette héroïne, Ava, qui se fait littéralement « casser la gueule » un soir, à Paris, et s’en réjouira. N’en souffrira pas. Mais où est la douleur, où est la laideur ? Une fois libéré de sa beauté, le corps reprend son authenticité et son insouciance.

Vous ne comprendrez pas pourquoi elle ne va pas voir la police, pourquoi son petit ami s’en moque, pourquoi elle en veut tant à sa mère. 

Vous vous demanderez qui est cette organisation, appelée « Nyx » Vous lirez le roman et le reposerez, soulagé d’avoir résolu l’énigme de ce thriller. Et ce roman vous restera en tête. Vous serez partagé entre roman esthétique et essai de science fiction. Plus tard, dans quelques jours, semaines peut-être, vous comprendrez, et le nommerez chef d’oeuvre.

Casse-gueule est une réflexion philosophique sur la beauté, le pardon et sur l’âme. 

Extrait choisi

« J’étais belle oui, oui, mais d’une beauté qui suscite l’angoisse. Les traits fins, taillés à la serpe, de grands yeux sombres avec des éclats gris, un teint glabre mal assorti à la vie, un sourire tourmenté sans la moindre trace d’enfance… Belle à se noyer dans le néant. Je n’ai jamais pu échapper à ce que mon visage évoquait : la tragédie. C’est leur infini désespoir que les autres projetaient sur moi. Ils voyaient dans mes traits un prélude à la fin du monde. »

Nyx
Nyx, déesse de la nuit

Merci aux Editions Gallimard et à l’auteure pour cette lecture!